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Prix du Jeune Ecrivain de langue française TV5MONDE

Prix du Jeune Ecrivain de langue française TV5MONDE Merci à tous pour vos participations, le concours est maintenant terminé ! La lauréate du Trophée des Internautes TV5Monde est Fanny Voelin pour sa nouvelle "Jour noir". Elle a reçu, lors du salon du livre qui s'est déroulé à Paris le 17 mars, une sélection d'ouvrages choisis par Olivier Barrot.

Les votes étant terminés, un tirage au sort désignera 10 internautes gagnants.  Ils recevront chacun un lot de 3 livres offerts par Buchet Chastel, Gallimard et le Prix du Jeune Ecrivain de langue française. Et le grand gagnant parmi ces 10 finalistes recevra le 1er prix : une liseuse électronique Kindle !

Le Prix du Jeune Ecrivain de langue française est un prix annuel destiné à récompenser des oeuvres d’imagination inédites, en prose (nouvelles, contes, récits), écrites en langue française par de jeunes auteurs âgés de 15 à 27 ans.

Le Prix du Jeune Ecrivain de langue française est soutenu par l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et la Fondation BNP Paribas

A l'ombre du monde


Une nouvelle de Thomas Jonas
 

Ô Reine des Bergers !
Porte aux travailleurs l’eau-de-vie
Pour que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer à midi.
(Arthur Rimbaud)

Le sommeil quitte peu à peu Orfeo, le ramenant à la sensation de ses côtes meurtries et de la peau de son ventre encore chaude de sa reptation. Il lève la tête par réflexe mais se heurte durement à la paroi rocheuse ; à cet endroit, seuls ses orteils et ses mains rencontrent encore un peu de liberté. Le corps de Mateo ne doit pas être loin, songe-t-il. « Ça fait trois mois maintenant. Il ne doit plus rester que des ossements. Tu pourras passer », avait dit Falco. Ces mots jetés comme des miettes de pain résonnent à ses oreilles, semblables à un écho lointain. Orfeo prend une profonde inspiration et agrippe les aspérités de la pierre, tirant son jeune corps à la force des mains. Les saillies du roc mordillent la chair nue de ses flancs, de ses bras tendus en avant, du dos et du ventre, comme un millier de petites dents. Son pantalon de jute est noirci par l’urine et le sang des écorchures ; la lanière du sac attachée à sa cheville menace de se coincer à tout instant entre les stalagmites. Ces endroits où les galeries s’étranglent jusqu’à faire pression sur tout le corps sont les pires, surtout quand on ne connaît pas le tunnel et qu’on ne sait sur combien de kilomètres ils s’étendent. Les chicos les appellent les gargantas, car là où ils serrent le plus, c’est à la gorge : l’air s’y fait rare, chaque respiration est pénible.
Orfeo aimerait allumer son briquet, juste pour la vision rassurante de son corps, juste pour le souvenir de la lumière, mais il ne peut atteindre le sac. Il voudrait aussi voir venir les os de Mateo et redoute l’instant où ils se matérialiseront sous les tâtons de ses mains. Mais plus que tout, il craint le moment où le boyau se contractera encore, le piégeant entre ses mâchoires de golem : le cauchemar, le vrai cauchemar, celui qui a réveillé tous les chicos au moins une fois au creux d’une nuit glacée, celui contre lequel pestent les mineros, car alors la galerie est bouchée et l’on ne peut plus l’exploiter. Celui que chacun s’est figuré en frissonnant quand, après être passé sous l’ombre voûtée, Mateo n’est jamais ressorti. Orfeo se détourne de ces pensées et poursuit sa progression dans l’intestin minéral, dont la peau dure et constrictive lui donne l’impression de s’enfoncer dans les entrailles d’un long serpent noir, aussi long que la vipère Nídhögg rongeant les racines de l’arbre-monde.

    La faim grogne dans son ventre. Portés par le bruissement d’ailes de son pantalon, les gargouillis se répercutent le long des parois de pierre, curieusement amplifiés et prolongés, comme le râle, à la fois lointain et tout proche, d’un animal. Un animal en chasse. Orfeo songe aux feuilles de coca dans le sac. Bientôt, espère-t-il, la galerie s’élargira assez pour lui permettre de replier les bras contre le corps et atteindre ses affaires en cabrant le dos. Mais il se rend compte qu’au contraire, s’étirer et se rétracter à la façon d’un ver devient de plus en plus difficile, des stalactites et stalagmites sourdent de la roche et se calcifient en doigts de géants, perçant le mur de l’autre monde et entravant son avancée. Deux d’entre elles se sont rejointes et barrent la galerie d’une colonne – Orfeo bascule sur son flanc pour la contourner. Mais une fois de l’autre côté, ses épaules s’enclavent dans un étau : le goulot est trop étroit pour continuer. Ténèbres minuscules devant, boursouflure de pierre derrière, épuisement en dedans : tous les chicos savent que cela peut arriver. En de tels cas, il ne reste qu’à ramper à reculons jusqu’à la sortie, car ici, comme souvent, aucun endroit du tunnel n’est assez large pour se retourner. Si ce n’est pas possible, alors… Une ombre humide et froide se répand sur ses joues et Orfeo s’aperçoit qu’il pleure, peut-être depuis longtemps. Son périple a duré plusieurs jours, sans boire ni manger, il sera bien plus difficile de l’accomplir en poussant sur ses bras pour s’extraire du boyau, le sac empêtré dans les pieds. La seule idée de cette interminable excrétion en écrevisse creuse un puits sans fond contre son pouls. La force lui manque, et avec elle l’espoir. Le jeune garçon laisse échapper un sanglot qui se perd dans l’abîme. Coincé. Quelque part sous les flancs rocailleux de la Montagne, où seuls le silence et l’obscurité veilleront sa mort, un enfant renonce. Pour la première fois depuis longtemps, Orfeo relâche peu à peu la tension de ses muscles et repose son corps perdu entre le ciel et la terre, enveloppé dans une couverture de granite. Alors que les démons du rêve s’approchent de lui pour l’emporter, le garçon prend soudain conscience que quelque chose ne colle pas : les os. Où sont les os de Mateo ? Où sont ses affaires, son corps ? Digérés par la Montagne, murmure une voix au creux de son oreille…

*

    Tous les mineros vous le diront, Tio est un dieu malicieux et cruel. Animé par ses pulsions premières, il pénètre les rondeurs de Pachamama, la déesse-mère, et engendre d’innombrables richesses. Il se réfugie dans le fond de son ventre comme un petit enfant et aime jouer à cache-cache avec les hommes, mais gare aux mauvais perdants ! Quand il est de bonne humeur, il aide les mineros à trouver la sortie des galeries et empêche les effondrements. Mais il peut choisir de sacrifier un homme pour en sauver trois, ou exiger dix enfants pour épargner un vieillard ; c’est un dieu capricieux. On raconte que lorsque Tio épanche sa joie dans le corps de la mère, une goutte s’échappe et forme une pierre d’argent, de l’aspect et de la taille d’un petit œuf. Celui qui la trouve sera alors très chanceux. On dit aussi que de temps en temps, quand il s’ennuie trop au fond de sa demeure, Tio vient en aide aux hommes égarés sans rien demander en retour, mais toujours de façon inattendue. Ainsi un jeune garçon, ne voyant pas le cadavre d’un ami disparu, peut s’accrocher de toutes ses forces aux saillies, aux bosses et aux creux de la paroi, comme un petit diable tâchant de s’échapper des enfers pendant que son maître a le dos tourné. Répétant à voix de mantra le prénom de ce camarade, l’enfant active de façon mécanique ses muscles durcis, mû par cette seule considération que si la mort n’a pas arrêté Mateo à cet endroit, alors elle ne viendra pas rabattre sur lui son voile noir. Les oreilles ensanglantées et l’arrière du crâne ravagé, les épaules pressant sa mâchoire jusqu’à craquer, Orfeo poursuit sa progression, résolu à ne s’arrêter que lorsque le squelette du chico se dressera devant lui et ôtera tout espoir. La mort appelant la vie, un sourire espiègle sur son visage blanc, ainsi aime à s’amuser Tio, le dieu des mines du Cerro Rico.
    Le sang mêlé aux larmes, à la sueur et à l’abandon forme une sécrétion qui imprègne le corps d’Orfeo et échappe aux prises de la garganta. Si un éclat de lumière tombait sur lui en cet instant, il apparaîtrait aussi pâle que la larve de cette cigale qui ne remonte des profondeurs qu’au bout de dix-sept ans, pour chanter le temps d’un après-midi. Alors que la cavité devrait fatalement se résorber à la dimension d’un tombeau, son anneau se dilate soudain et disparaît dans un vent glacé. Surpris par le vide, Orfeo déploie ses bras en tout sens et se brise une côte avant d’avoir pu réaliser l’effacement du sol. Le souffle coupé, les entrailles écrasées, il entend le son de sa chute revenir vers lui, distendu et étouffé. Il perçoit peu à peu une surface lisse et crayeuse sous la brûlure de ses muscles. Autour de ses épaules et dans le frôlement des cheveux ne flotte plus qu’une coupole d’oxygène, fantôme de son voyage utérin qui lui donne le tournis lorsqu’il se redresse avec peine. Les jambes d’Orfeo le portent de mauvaise grâce quelques pas sur la droite, où il rencontre le touché froid et découpé d’une nouvelle paroi. Soudain rattrapé par l’effort et le soulagement, il s’effondre sur le sol et demeure un instant immobile, la tête appuyée contre la pierre, avant de dénouer son sac. Il identifie le briquet, mais à sa grande horreur la lampe s’est brisée dans la chute et l’huile s’est perdue à travers le tissu. Il ne possède plus désormais qu’un maigre couteau de lumière pour fendre les abysses. Il actionne néanmoins la molette et abrite la petite flamme au creux de ses mains, lui vole la chaleur de son manteau et l’éclat de sa couronne. Orfeo observe les griffures et les ampoules de ses paumes, les fêlures des ongles et le rouge de la chair ouverte et commence à se souvenir de son corps. Sans vision, il n’était qu’un esprit à demi mangé par les limbes ; maintenant la pire lésion lui semble bénigne, les plaies révélées taisent leur douleur sous la même impulsion secrète qui referme la corolle des Belles-de-Nuit aux premières lueurs du soleil. Le bois brun de ses membres paraît au garçon celui d’une marionnette dont il avait égaré les fils ; il le contemple encore un instant avant d’allumer une cigarette et de se refouler à regret dans l’oubli, contraint d’économiser le gaz du briquet. Jusqu’à ce qu’il retrouve le jour, il ne lui reste plus pour compagnie que la voix de sa conscience, qui brûle et l’étouffe, comme une fumée sans feu. Le chico attrape sa bouteille, qui a échappé par miracle au choc, et avale une longue rasade d’alcool de canne avant de mâcher des feuilles de coca pour oublier la faim, la fatigue et la peur. Puis, sa cigarette consumée, il se remet en route.
    Longeant du bout des doigts la muraille de ténèbres, il suit ce qui lui paraît être un long passage sinueux, encombré de blocs calcaires. Lorsque son bras droit commence à peser, il décide de rejoindre le mur opposé et traverse la nuit fossile. La main gauche tendue en avant, s’attendant à rencontrer à tout instant l’autre versant du tunnel, il trébuche à plusieurs reprises dans un dédale de rochers et de concrétions avant d’atteindre le bord de ce qu’il identifie, sans erreur possible, comme une plaine plate et sableuse, où circule un vent léger. Le sol typique d’une caverne. Prenant soudain conscience du vide immense qui l’entoure et aspire la noirceur, la respiration d’Orfeo s’étrangle dans un cri silencieux. Le vaste espace qui se dévoile sous ses pieds et se devine dans l’ébène lui presse la gorge, provoquant le trauma inverse de sa longue claustration : une crise d’agoraphobie, la peur des grands territoires. La chute brutale de l’exiguïté à l’infinité emporte ses repères ; pris de vertiges, le jeune garçon s’effondre sur le tapis de silice et lâche une plainte qui se perd sans retour.
    L’œil fixé sur le gouffre qui s’élève au-dessus de lui, Orfeo tente de reprendre le contrôle de son souffle. Il serre et écorche la ficelle qui ligote son poignet, dans un réflexe propre aux chicos qui veulent se raccrocher à la dernière issue. Le sol tremble autour de lui ; des myriades de froissements explosent dans le sablon, évoquant une meute de chiens sauvages qui accourent pour cerner leur proie. Quelque part dans le noir impalpable, le sac d’Orfeo s’agite et renverse son contenu avant qu’un cliquetis de pierre usée n’ouvre une fente dorée dans les ténèbres : le briquet rase le sol, errance d’un feu follet vagabond, et le jeune garçon distingue dans son sillage une ombre mince qui s’approche de lui. Son cœur cogne à lui faire mal ; est-ce Tio qui enchante l’inanimé et vient réclamer son dû ? Suffoqué de terreur, Orfeo n’agit plus que par instinct, il arrache l’allumette liée à son poignet et la frotte avec rage dans les gravillons, réveillant un éclat d’ambre qu’il approche de son avant-bras, où scintille la mèche. Le bâton de dynamite s’embrase et jette des éclairs ; Orfeo joint les mains et adresse une dernière prière à Pachamama, lui demande pardon ; un visage aux yeux de verre surgit alors tout près du sien et sourit, tandis que deux doigts maigres étreignent la flamme, effaçant leurs corps et abolissant les limites de la caverne.

*


    Il n’y a pas de mot pour raconter les ténèbres. Prononcer leur nom ne suffit pas à chasser la lumière. Comment dire cette nuance bleue de cendre, bleue charbonneuse qui macule le ciel à l’orée de la nuit ? Si ce n’est pas possible, à quoi bon les histoires ? se demande Azul en contemplant du haut de la falaise la ville qui s’enfonce dans le soir. Les toits ronds de chaume, les maisons en briquettes de torchis, la courte chapelle à tête de cigare se confondent avec les ombres et les à-pics de la Montagne. Le linge qui flotte au vent des balcons et des ficelles est rapatrié par de minuscules points noirs dans leurs mottes de terre ; quelques fenêtres ouvrent un œil complice vers les étoiles tandis que la ville de Potosi s’engourdit, loin en contrebas. Azul tire une dernière bouffée de tabac qui réchauffe ses poumons et laisse le mégot disparaître dans un tourbillon.
    Le torse hérissé par le vent, le jeune garçon retourne au camp, où les feux prennent vie et où les mineurs se rassemblent. Près des abris de tôles et d’ardoise, des flammes se tordent et jettent leur langue sur le bois sec. Azul dépose trois bolivianos sur la table à tréteaux dressée près des baraquements et le cantinier plonge sa louche dans la cuve de fer. L’écuelle remplie, l’homme fait signe au chico de laisser la place à d’autres en agitant une main noire. Azul se fraye un chemin entre les travailleurs qui sortent par petits groupes des terriers creusés à flanc de montagne, déposant barres à mine et dynamite près des rochers qui leur serviront de sièges durant le repas. L’auge débordant de bouillie et de croûtons brûle le bord des doigts de l’enfant, manque de se renverser tandis qu’il bouscule des ventres aux muscles sinueux, frôle des rigoles vertébrales de sueur, s’enlise entre des membres aux odeurs de terre et de poudre, frissonnant de plaisir contre les épidermes chauds. Partout le crâne venteux du Cerro Rico se couvre de mineros qui s’assemblent en cercles de fées autour des flammes, partageant l’unique repas quotidien, échangeant les anecdotes de la journée à mesure que les corps reprennent vie. Les chicos retrouvent leurs compagnons, s’offrent des cailloux aux formes étranges et s’assoient dans la poussière. Azul se mêle aux garçons de son groupe, serre dans ses bras Saúl et Rafael avant d’engloutir son plat à leurs côtés. Son estomac se comprime et se tord avec délice sous cet afflux inattendu. Le feu craque et claque en bruits secs. Son dos hérissé palpite comme au rythme d’une respiration, ses écailles se déboîtent et se désagrègent dans une mue perpétuelle où chacun imagine la force vivante du soleil. Dans le souffle roux de la salamandre se dessinent au fusain les silhouettes grandes et petites des mineurs, la demi obscurité des franges sur leurs visages, la courbe basse d’un œil, le soupirail d’une bouche en ruine ; Azul est attentif à ces lèvres griotte qui s’arrondissent autour du doigt, à ces phalanges couvertes de cals et de grumeaux rognant le plat, pendant que derrière lui, au bord d’un autre cercle, commence une fable, celle du tunnel-mère qui traverse la Montagne et son royaume secret.
    Parmi ses compagnons, c’est un chico qui se lève le premier pour tisonner les flammes et prendre la parole. Certains reconnaissent le bandage qui enserre sa poitrine et le boitement de son pas, tous attendent son histoire. Azul est de ceux-là, car durant six jours il a cru que le boyau qui avait englouti Mateo ne recracherait pas Orfeo. Ce dernier fixe le feu et l’agace de son bâton, parle avec cet air d’absence propre aux conteurs. À chaque crépitement courroucé, la longue cicatrice qui s’effile sur sa joue s’ouvre et se ferme en une bouche d’ombre, d’où sortent peut-être les mots bas et sombres qu’il jette sur les braises. Mâchant le potage épais qui anime leur ventre, les mineurs écoutent et redoutent avec Orfeo l’entrée de la galerie naturelle qu’une explosion a mise au jour et où un premier enfant a tôt disparu ; les pelures d’oignon glissent un filet d’amertume sur leur langue et dans leur cœur alors que le récit rapporte comment le chef du chico impose une nouvelle tentative, car où un nouveau tunnel se fait jour un nouveau filon est à espérer. S’égratignant au tranchant de ses mots, s’enfonçant dans la moiteur d’un radis noir, chacun coudoie un enfer qu’ici seuls les plus jeunes connaissent, car les seuls à pouvoir s’y faufiler. Viennent le premier assaut de la garganta et la chute dans l’abîme, l’angoisse d’errer dans l’espace vide et la main glacée de la providence, qui sauve Orfeo et l’emmène en silence. Nul ne peut croire qu’un chico ait survécu si longtemps dans les abysses, et pourtant : une vapeur rance monte des bols et de la vieille lampe à huile que Mateo, à cet endroit du conte, enflamme avec le briquet, la lune grosse au-delà des nuages se confond avec l’aura qui cuit alors la rétine d’Orfeo et enlumine un monde de gris et d’argent, où un corps maigre blanchi par les ténèbres sourit et l’embrasse. Derrière une enclave de roches grenées de métaux rares, Orfeo raconte la soudaine tiédeur d’un lac d’eau lisse, où frayent avec lenteur des poissons pâles. Des arrêtes agglutinées dans le sable, une couche de vêtements déchirés, des monticules de minerais pour emplir le temps d’un son familier, tels sont les récits transmis par Mateo, l’enfant aux yeux de lune qui a préféré oublier le ciel plutôt que revivre sa prison de cent heures entre les serres de la Montagne. Si son corps faible a pu hisser Orfeo vers le retour, il a refusé l’oppression d’un cauchemar long d’une éternité de trois jours et l’inconnu, plus terrible encore, d’un autre tunnel découvert sous les flots. « Mieux vaut sauter que rester coincé », conclut Orfeo en rappelant cet adage que répètent chaque jour les chicos à l’entrée des mines. Il lève l’attache de son poignet où une nouvelle allumette se tient en sentinelle auprès du bâton d’explosif et ajoute : « La peur de la mort ne ramène jamais à la vie ». Autour du feu, les yeux noirs ou bruns des mineros se perdent dans cet entre-deux de pierre et de silence où trône désormais Mateo, l’enfant-roi de la Montagne. Le cercle se désagrège peu à peu et chacun emporte dans son ventre le lourd souvenir du bouillon et la légende de cet autre monde, où un esprit de neige vous donnera peut-être un de ses sacs gonflés de richesses, contre une gorgée d’alcool et un rêve sous des bras nus.

    Dans le dortoir de tôles froides, les enfants bercent Orfeo de questions basses et de caresses. Chacun est heureux de le revoir, nul ne met en doute la magie de son histoire. Rafael, le plus âgé, lave le sang noir et masse sa cheville. Le chico raconte encore le poids du sac chargé d’argent brut et poussé à travers la galerie ; Falco lui a laissé de quoi remplir ses poches, et Orfeo veut donner les plus gros éclats à ses camarades. « C’est un cadeau de Mateo » insiste-t-il, sans dire si cela lui en a coûté quelque chose. Azul, ému, reçoit la pierre couleur d’orage comme l’offrande d’un mort pour les vivants et passe ses doigts sur le sillon grisé, irisé, presque bleu, qui l’éclaire. Si certains enverront cet infime trésor à leurs parents ou iront demain voir les filles de Potosi, le chico dérange une boîte sous son lit et dépose le fragment argentique aux côtés d’une autre roche, souvenir du temps où il était chercheur d’or à Chuquini : une pépite plus grosse que son poing, ronde et pleine comme une pomme de terre cuite, à la coque d’ambre fin et aux reflets de ciel. Une fortune si fabuleuse, qu’aux yeux d’un enfant elle ne peut avoir d’autre valeur que de porter chance. Ce fragment de lumière arraché à son passé a valu son nom au garçon, car chacun voit couler en lui l’eau pure des rivières de Chuquini, le vaste azur qu’arrête l’entrée des mines et l’éclair océanique de son joyau : Azul, l’enfant bleu au cœur d’or. Accomplissant le rituel du soir, ses compagnons contemplent le petit soleil dans sa boîte, désormais assorti de sa lune, et formulent à part soi un vœu silencieux.
Dehors les coyotes hululent au sommet des crêtes et signalent le temps de dormir. Les garçons se défont de leurs morceaux d’habits amidonnés à la silice des coups de pioche. Orfeo retire avec précaution son pantalon poissé aux écorchures, examine les plaies de son unique vêtement avant de le jeter dans un coin. Saúl étouffe la lampe pendue au crochet du plafond et les chicos se glissent entre leurs lits de planches et un carré de toile. Les parois métalliques frissonnent dans les râles puissants de la Montagne ; la nuit entière vibre et grince. Azul imagine les mille bouches du Cerro Rico grossir et se tordre, recracher des agrégats de calcaire, de ferraille et d’os polis. Le chico entrouvre les yeux pour s’abreuver de cette étrangeté qui rend l’abri profond comme un puits où saillent des ombres grises et des angles sans fin ; attentif aux rafales qui galopent sur la toiture et effleurent sa poitrine, il perçoit des sanglots en saccades, noyés par l’oreiller. Cela arrive parfois ; une boule se noue contre son cœur et Azul se lève à pas fauves pour rejoindre le lit voisin. Il s’immisce sous le drap et enveloppe la silhouette blottie d’Orfeo, protège la tête du garçon sous son menton et glisse ses doigts le long de ses muscles. Une ondée de larmes roule sur sa gorge, Azul disperse de petits mots simples, murmure les chants sauvages des bergers, jusqu’à ce que tous deux s’oublient, bercés par le souffle de l’autre.

*


La ville de Potosi n’est pas seulement la plus haute du monde, où les pavés sont toute l’année luisants de l’écume des nuages : lors de sa fondation par les Espagnols, elle était aussi plus riche que Constantinople et plus vivante que Paris. Pendant trois siècles, les conquistadores se sont vantés de pouvoir construire un pont entre Potosi et la péninsule Ibérique avec l’argent tiré du ventre du Cerro Rico, mais sans doute l’on pourrait construire le même pont en reliant les os des travailleurs indigènes avalés par les mines. Aujourd’hui, les fils de la Montagne les exploitent encore, pour leur compte, et afin de les aider à gratter le fond des boyaux naturels, trop étroits pour le corps d’un homme, les mineurs achètent souvent des enfants aux familles démunies. Ils ne les enlèvent jamais cependant : le vol des enfants est une autre industrie. Cette histoire contée dans tous les manuels ne quitte plus Alexandre depuis qu’il a laissé la ville pour gravir avec ses parents le sentier pilé par des générations d’hommes, de lamas et d’esclaves. En retrait, sa mère garde une main sur son chapeau de paille et photographie le paysage où, sur les pentes couleur sable et argile, s’alignent des légions aux visages noirs, entrant et sortant de la carcasse hérissée de fer de la Montagne, comme autant de fourmis suçant le cadavre d’une bête étrange. Plus avant, son père approche des premiers baraquements, la casquette rabattue vers ses pieds, ses omoplates roulant sous la chemise, écartelant à chaque pas la tache sombre de sueur. Le soleil de midi tombe en poussière d’ocre sur le camp à fleur de falaise, et par leur peau claire et leurs habits beiges et crème, tous trois paraissent tirés des flancs de la Montagne. Mais bien qu’ils se confondent avec la terre, ou justement parce qu’ici personne ne se confond avec la terre, leurs regards perdus et leur marche à demi figée amusent. Alexandre se figure leur propre arrivée de surplomb, imagine trois touristes en short et polo, trois paires de lunettes noires affichant leur différence sur leurs écrans, et chasse ce malaise. Son père paye quelques fournitures à l’étalage d’un mineur et offre à ceux qu’ils rencontrent alcool, feuilles de coca et dynamite. Sa mère demande le portrait de chacun et tous sourient à pleines dents. Un jeune garçon, torse et pieds nus, s’approche d’Alexandre. Il doit avoir dix ou onze ans, soit quelques années de moins que lui, mais jamais un enfant ne lui a paru si étranger. Ses muscles creusant la peau sombre sont ceux d’un adulte, les rides qui étoilent sa bouche annoncent le vieillard, seul son clin d’œil superpose un bref instant la candeur. Le père d’Alexandre échange quelques mots avec lui et propose qu’il leur serve de guide dans la mine, contre une poignée de bolivianos et des cigarettes. Le chico fait signe de le suivre et sautille de rocher en rocher, aiguille leur après-midi vers la béance d’une voûte où serpente une voie ferrée. Si ses cheveux sont d’huile noire et sa peau de cannelle, ses gestes ont la grâce et la docilité d’un bleu tendre, son dos la courbe douce du bleu lorsqu’il prend la main de l’adolescent et entraîne dans la gueule du four le garçon blond, la femme au chapeau et l’homme aux yeux-trous. Alexandre remonte son col sur son nez, une vague de chaleur chargée de particules cristallines traverse son visage à la façon d’une marée. Il place ses pieds avec précaution là où l’enfant a posé les siens, noirs de boue et de croûtes, repense à l’absurdité du paquet de Marlboro donné par son père. Au retour, il lui laissera sa paire de baskets, se promet-il en ôtant ses verres fumés et en plissant les yeux. Si ce don n’allège pas le mal-être de l’un, il atténuera au moins la marche douloureuse de l’autre.

Une lampe et un bidon d’huile, une bouteille d’eau-de-vie, trois paquets de feuilles de coca, un briquet neuf, deux cartouches de cigarettes, deux charges de dynamite, des bandages, un pantalon de toile usé. Orfeo étale ce qui lui reste de bolivianos sur le comptoir mais le minero secoue la tête. Il fouille ses poches et jette ses derniers fragments d’argent, sans se soucier de donner trop. « Tu peux payer autrement, tu sais », suggère le vendeur en approchant son visage de cire caillée ; c’est au tour du chico de refuser. L’homme hausse les épaules et se tourne vers les trois blancs venus suer au-dessus de l’étal. Sans doute des Français, juge-t-il à leur accent lent et haché. Orfeo enfourne ses fournitures dans son sac et observe le plus jeune. Sa longue chevelure d’orge et d’automne fascine. Désormais il laissera pousser ses cheveux, décide-t-il en quittant le marchand ; à la mine, les coupes rases sont de rigueur, pour ne pas agripper la roche et emmêler la terre, mais Orfeo sourit à l’idée d’une queue de cheval battant sa nuque.
Devant le puits d’extraction, assis sur le guet d’un rocher, Falco l’attend. Ses yeux fendus par le soleil lâchent le groupe de touristes qui pénètrent le tunnel et se posent sur lui. Au coin de sa bouche s’envole une fumerolle, le minero tire une dernière bouffée et tend le reste de sa cigarette au chico.
« J’ai ce que tu m’as demandé. Des sacs solides, une douzaine, et un lama.
-    L’histoire que j’ai racontée hier est vraie. Contre du feu et un peu de nourriture, je n’aurai pas à piocher. Je pourrai échanger les amas d’argent que l’enfant des roches a accumulés pour occuper son esprit et son corps… »
Le regard de Falco plane à nouveau sur la mine.
« Tu fais comme tu veux, tant que tu ramènes du bon minerai.
-    Le lama c’est pour m’aider, pour le transport jusqu’à l’entrepôt.
-    Si tu peux en remonter autant que tu dis, c’est bon. Tu y retournes quand ?
-    Avec ma cheville, pas avant deux jours. Je vais aider au puits en attendant.
-    Le matériel, la bête, c’est pas gratuit. Tu payes comment ? »
Orfeo hésite, veut paraître plus endolori, mais ses mots peinent. Les lèvres du minero s’étalent sur son visage épais.
« Je vais pas t’avancer sur tes fameux sacs, chico. Si t’as plus rien, suis-moi, je veux bien régler ça autrement. »
Bleu. L’amertume a le goût du bleu. L’enfant serre les dents quand la large paume alourdit son épaule. Au-delà de l’éperon où s’adosse la case du mineur, le fond du ciel étend son voile marin ; sa surface lisse et bleue, la plus profonde des couleurs, enveloppe le monde dans un mystère d’abysses, une bulle où l’on étouffe soudain. Puis tout s’efface quand Orfeo rabat la tenture qui sert de porte, vacille entre l’ombre et la lumière, les odeurs de cuir et de paille fraîche, et bientôt celle de la fleur musquée qui pousse sous les pendus.

*

    La coutume veut que les mineros offrent une mesure de tabac ou une branche de coca à la statue de Tio sculptée dans une alcôve, avant de s’enfoncer pour une journée d’excavation dans les nuages brûlants et le battement des pioches. Mais aujourd’hui, c’est à l’un des leurs que des chicos apportent une bouteille ambrée, glissent un paquet de biscuits secs, proposent deux ou trois cigarillos. Certains ajoutent un message à transmettre, d’autres des conseils pour supporter l’angoisse de la claustration. Orfeo les embrasse et vérifie l’attache de son sac au mollet. Une excitation passe dans le groupe, chacun veut être le suivant à apporter vivres et réconfort à Mateo, on réfléchit au moyen d’agrandir petit à petit la galerie pour le faire renaître à la lumière. Puis Orfeo s’accroupit et sans un regard d’hésitation se laisse aspirer par la gueule herbeuse du coteau, à peine plus large que la tanière d’un coyote. Quand les dernières succions cessent d’engorger l’antre, chacun reprend le chemin du quotidien, l’esprit vagabondant au gré de bifurcations inconnues.
    Devant l’autel de Tio, Azul dépose une cigarette incandescente, debout sur son filtre, et prie. L’odeur âcre lui monte aux yeux, mais il ne détourne pas son regard de la face cornue du dieu. Si Tio est bon, Orfeo saura ramener à eux leur camarade. Le cierge de nicotine enroule sa volute autour du sexe dressé de la statue, source d’abondance et de vigueur. Azul se rappelle son ami, deux jours auparavant, quittant le cabanon de Falco. Ses yeux se noyaient dans une douce détresse, en même temps qu’ils imposaient le silence. Cette nuit-là, ni larmes ni étreinte. Peut-être quelqu’un aurait-il dû soulager Orfeo du fardeau d’une nouvelle expédition ? Jamais un chico n’est parti pour une si longue durée, ni aussi chargé. Le poids des subsistances bosselait son sac de toile décousu, sans doute pour que Mateo ne manque de rien. Azul capte dans sa mémoire un détail qu’il avait effleuré sans le saisir, le geste d’adieu de son ami, son avant-bras libre de tout lien, et soudain comprend.
une lampe et un bidon d’huile
Orfeo a distribué son argent,
une bouteille d’eau-de-vie
emporté ce qu'il pouvait,
trois paquets de feuilles de coca
renoncé au brassard de soufre et de poudre,
un briquet neuf
car il ne cherche pas à ramener Mateo, mais à le rejoindre.
deux cartouches de cigarettes
    Azul se précipite dans le terrier, tombe dans un monde où tournoient des poissons vieux de mille ans, lance des noms anciens qui se répondent en écho. Un sifflement continu accompagne le marteau de son cœur et le choc des genoux sur les silex, susurrant des énigmes. Peut-être est-ce la crécelle d’un serpent, surpris dans sa sieste sous le frais des pierres. Du coin de l’œil, Azul croise un scintillement bleu, pupille du reptile ou luciole rampant sur la paroi, le chico se retourne juste à temps pour apercevoir l’étincelle filer le long de la mèche, remonter au bâton de papier brun fiché entre deux stalactites.
deux charges de dynamite
    À trois jours de distance de là, séparée et reliée à l’entrée par la chaîne des kilomètres et l’écho des explosifs, une autre galerie s’effondre et affaisse la berge d’un ruisseau. Orfeo vérifie que le goulet confondu avec les niches des ragondins est bien obstrué, et noue le dernier sac, les pieds encore dans l’eau. Puis il remonte sur le chemin, où le lama hennit en pliant une oreille lorsque le chico charge son butin sur son dos.

    Malgré ses cris et ses pleurs, pas de réponse. L’éboulis est trop important. Azul doit avancer, traînant des pieds qu’il ne sent plus. Il passe sa main dans le sang chaud, sait que des éclats d’os déchirent le cuir nacré de ses chaussures, reçues d’Alexandre en cadeau fraternel.

    Le chemin où Orfeo guide sa bête ne descend pas vers Potosi mais vers le village de San Bartolomé, sur l’autre versant de la Montagne. Là, le garçon achètera une charrette et se dirigera vers Sucre puis vers Santa Cruz, arpentera ce pont invisible qui relie le Cerro Rico à la péninsule Ibérique. Le soleil d’été porte déjà à ses narines l’odeur du café à Madrid et le parfum des fleurs d’orange en Andalousie.

    Des cristaux de glace perlent au liseré des lèvres et sur le bleu des plaies ; la faible lampe repousse à peine la nuit d’éternité. Les appels d’Azul s’assourdissent dans le ventre immense de la Montagne. Trempé de fièvre, il distingue le cercle de roches décrit par Orfeo et au-delà, le mirage de la mer attendant les voyageurs. Il tire sur ses bras, rencontre des pierres creuses, une barre à mine rouillée, et nulle trace de vie. Au bord des vagues, des relents saumâtres de charnier lui attrapent soudain la gorge, un goût de lèpre remonte de son nez à sa langue et lui remue les entrailles, vidant sur le sol ses quelques bouchées de pâte de coca et d’alcool clair. À la lueur tremblante de la lanterne, l’onde se nappe d’un glacis corallin, où se détachent les chairs de poissons morts. La main plaquée sur la bouche, Azul aperçoit une ombre blanche sous les eaux, pareille à l’épave d’un grand cœlacanthe, perdant çà et là des lambeaux qui remontent à la surface.

    Orfeo passe une main dans ses cheveux bientôt secs. Il ne subsiste plus qu’une légère odeur de vase, qui s’estompe dans l’après-midi. L’enfant tortille l’une de ses mèches et rêve à l’abondance d’une crinière jaspée de noir, si longue qu’elle emportera les souvenirs de la mine et ensevelira la Montagne.

    Azul reste étendu, ignorant le sable qui grignote son dos et ronge ses pieds brisés. Dans sa cage d’acier, la flamme cille et envoie ses derniers signaux. Le chico ne saura jamais ce qu’a découvert Orfeo la première fois qu’il a atteint cet endroit. Il tâte son avant-bras à la recherche de la clef des songes éternels, se rappelle, ou invente, ce joli conte de l’enfant des souterrains, à qui les mineurs venaient offrir nourriture, lumière et fables de veillées contre des rivières d’argent qui coulaient sans effort, et qui vécut très vieux sous la paix des voûtes. Azul trouve la ficelle, craque l’allumette, s’aperçoit que la dynamite n’est plus là. Sans doute perdue dans le souffle de l’explosion, ou bien réclamée en offrande par Tio, le dieu cruel et terrible du Cerro Rico.

    Orfeo gratte l’encolure du lama qui s’ébroue de plaisir. En contrebas se dessine le rose cannelé des toitures. À San Bartolomé, le garçon ne monnayera pas l’un de ses sacs, mais commencera par le poids qui bat sa cuisse à chaque pas. Irrité par ce mouvement de balancier, il sort de sa poche la masse oblongue dont les rondeurs se dorent au crépuscule, jetant des reflets turquoise. Il délie l’une des besaces et l’envoie rejoindre les morceaux de nuit et d’étoiles qui roulent en tonnerre. Serrant de nouveau la corde, Orfeo s’avise alors d’une pierre fine à la coruscance du jais, dont la forme ne trompe pas : si d’aucuns y verraient une simple concrétion de carbone, le garçon reconnaît l’œuf de Tio, rare et inespéré, qui accorde la bonne fortune à son porteur. Il glisse le précieux talisman dans la poche qu’occupait le cœur d’or et flatte sa monture, une chaleur légère irriguant ses veines. Alors que se dégage la première ligne des habitations, le soleil passe derrière la Montagne et son ombre s’étend, sous les pieds de la bête et les pas de l’enfant.


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