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Lettres d'amour, mémoires de cour, 1680-1715 | Eric Pessan | 2847345825

Littérature

Lettres d'amour, mémoires de cour, 1680-1715 | Eric Pessan | 2847345825

D'abord lecteur de Louis XIV, puis diplomate, le baron Louis Nicolas de Breteuil (1648-1728) a laissé des Mémoires qui composent une radiographie de cette cour dont le roi est le « grand maître » et, lui, « le grand prêtre ». De précieux documents publiés par l'historienne Évelyne Lever. En quoi les Mémoires de Breteuil constituent-ils un précieux document historique sur la cour de Louis XIV ? Évelyne Lever. Ces sept tomes in-folio conservés au château de Breteuil, dont je publie des extraits, constituent même un document unique, car le baron démonte tout le système de la mécanique aulique [cet adjectif désignant tout ce qui est relatif à la cour des rois]. On voit bien que, pour Louis XIV, dont Louis Nicolas est l'interprète, donner à chacun un rang précis, c'est aussi une manière de gouverner. Le protocole fait partie intégrante du système politique du roi. En quoi le baron de Breteuil est-il un gentilhomme atypique ? Il est atypique en tant que personnage du Grand Siècle appartenant à la noblesse de cour. Il est le cadet d'une famille extrêmement stricte, célèbre pour son honnêteté. Ce cadet, qui se mariera fort tard pour l'époque, aurait dû, selon l'usage, entrer dans les ordres. À l'inverse, il va mener une vie mondaine très active, et ses aventures amoureuses défraieront la chronique : à preuve, l'Histoire des amours de Cléante et de Bélise, le roman écrit par l'une de ses maîtresses. S'est-il laissé enchaîner par ses fonctions auliques ou par le carcan des idées de son temps ? Ses Mémoires sont ceux d'un technocrate, car il décrit les personnages de la cour non en fonction de ses sentiments mais en tant que « puissance », en tant que personnalités ayant un rang. Ses descriptions sont techniques par rapport à une casuistique aulique. Louis Nicolas est un spectateur averti et bienveillant. Il est devenu un praticien de la rhétorique du paraître. Il reste que le spectateur de ce microcosme n'est pas dupe : en le lisant, on s'aperçoit qu'il garde une certaine distance. C'est un libertin de pensée, un homme qui doute - c'est d'ailleurs assez net du point de vue religieux. On est frappé par cette ouverture de pensée : à 60 ans, il reçoit chez lui, place Royale, le jeune Arouet, qui a déjà un certain nombre d'idées que Breteuil admet parfaitement. Il protège les écrivains les plus prometteurs de sa génération. Aussi, il faut noter qu'il fait donner à sa fille - future madame du Châtelet que Voltaire rencontrera chez lui - la même éducation soignée qu'à ses fils : il est dépourvu des préjugés habituels en ce qui regarde l'éducation des femmes.

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