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œuvre poétique

Littérature

œuvre poétique

Xavier Grall

Éditeur de poésie, et rien que de poésie, fidèle à une conception artisanale de ce métier qui fut aussi celle d'un Guy Lévis Mano, René Rougerie nous a quittés le 12 mars dernier à 84 ans. Diffusés par lui-même directement auprès d'un réseau de libraires fidèles, en dehors des grands circuits commerciaux, ses livres aux titres rouges sur fond d'un blanc immaculé ont servi de références à plusieurs générations d'amoureux de la poésie, constituant l'un des catalogues les plus riches du demi-siècle écoulé, avec des auteurs comme Saint-Pol Roux, Joë Bousquet, Pierre Dhainaut ou René Guy Cadou. Son fils Olivier poursuit l'aventure, fort heureusement. Belle coïncidence, l'occasion de leur rendre hommage nous est offerte par la publication de l'%26#65533;uvre poétique de l'un des auteurs « historiques » de la maison, Xavier Grall (1930-1981). Celui-ci est si évidemment breton, et sa renommée si grande en Bretagne, où se sont multipliés depuis trente ans les hommages en tout genre, qu'il court le danger d'être réduit au rang de poète régional. Or il vaut bien mieux que cela, car il y a dans son attachement à sa terre et aux hommes qui la peuplent quelque chose de tragique qui touche à l'universel et qu'il faut écouter, une complainte, un appel aux frères humains qui prolonge l'héritage de Villon, une protestation aussi contre la laideur marchande du monde moderne qui n'a rien perdu de son actualité. Il faut surprendre ce chant bien au-delà du trop évident tribut que Xavier Grall paya parfois à son époque (mais il finit par écarter, dans la seconde moitié des années 1970, le mirage du militantisme indépendantiste). Certains de ses poèmes risquent en effet (risque assumé) de tomber dans l'informe, ils flirtent même parfois avec la chanson, ce grand piège tendu à tous les poètes qui ne se résignent pas à réunir autour d'eux une communauté trop restreinte de lecteurs. Mais, pour finir, il n'y tomba pas. Le poète sut qu'il valait mieux regarder du côté de Verlaine, se confier à la chair des mots, entendre battre leur cœur. Il écouta le chant qu'il portait en lui, magnifiquement généreux. Ce chant parlait de « la bonté de la rivière », des calvaires bretons qui « chantaient un choral sous le pas des pierres », des feux sur la mer, des dunes et de la pluie, et il se fit même pure prière dans Solo, peut-être son plus beau poème. Xavier Grall aurait eu 80 ans en ce 22 juin 2010, et il reste jeune à jamais.

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