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Kenya : les cyberactivistes d'Ushahidi se mobilisent pour des élections paisibles

L'œil de la rédaction

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Kenya : les cyberactivistes d'Ushahidi se mobilisent pour des élections paisibles
Il y a cinq ans, les affrontements post-électoraux embrasaient le Kenya. A l'époque, une poignée de geeks s'était mobilisée dans l'urgence pour suivre les violences sur le Net en inventant une plate-forme participative. A l'approche du nouveau scrutin, l'équipe d'Ushahidi, maintenant professionnelle, reprend du service avec la volonté de prévenir les dérapages.
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Erik Hersman (au fond) et des volontaires travaillent lors du référendum du 4 août 2010 à Kileleshwa, Nairobi, Kenya. ©Ushahidi
25.03.2013Par Laure ConstantinescoCela fait deux ans et demi que l'équipe d'Ushahidi travaille sur ce projet web. Nom de code : Uchaguzi - élection en swahili, la langue d'Afrique de l'Est. L'objectif est de contribuer à un scrutin paisible le 4 mars, jour des élections générales kenyanes [voir ci-contre "Elections au Kenya : repères"].

La plate-forme Uchaguzi fonctionne selon les principes du participatif ou "crowdsourcing" (en français, "l'information qui provient de la foule") et de la géolocalisation. Il s'agit d'une carte interactive du Kenya qui est renseignée en temps réel par tous. Par exemple, si vous êtes témoin d'émeutes, si vous entendez des propos haineux ou s'il n'y a plus de bulletins dans votre bureau de vote, vous pouvez le signaler en envoyant les informations via SMS, mail, Twitter ou Facebook.

Les contributions des citoyens sont ensuite vérifiées et le cas échéant mises en ligne par 200 volontaires installés au iHub, pépinière d'entreprises innovantes et siège d'Ushahidi à Nairobi. "Nous croisons les données avec nos partenaires sur le terrain. Si besoin, nous pouvons aussi compter sur la StandBy Task Force (en français, force de soutien), explique Daudi Were, directeur de projet à Ushahidi et responsable de l'opération Uchaguzi. Elle regroupe 900 personnes basées un peu partout dans le monde. Au total, environ 400 volontaires sont mobilisés, basés au Kenya et ailleurs."  

Blogueuse influente

Ce sera la seconde fois que les Kényans tenteront de participer à la bonne marche de leurs élections grâce aux nouvelles technologies.

En effet, Ushahidi est né pendant les violences post-électorales en 2008. Après la réélection contestée du président sortant Mwai Kibaki en décembre 2007, le pays se retrouve rapidement à feu et à sang.

Effarée par l'ampleur des heurts et dépassée par le nombre de messages qui lui sont adressés, l'avocate et blogueuse kényane Ory Okolloh lance un appel à l'aide sur son blog Kenyan Pundit. Elle réunit ainsi trois autres personnalités du web africain : au Kenya, Erik Hersman, entrepreneur et expert en nouvelles technologies, alias "White African" - l'Africain blanc - sur la Toile ; et aux Etats-Unis, David Kobia, développeur et programmeur, et Juliana Rotich, informaticienne. 

Tous se sont rencontrés quelques mois plus tôt à Arusha en Tanzanie lors de la conférence sur les nouvelles technologies TED Global consacrée à l'Afrique. En deux jours, par-delà l'Atlantique, ils développent ensemble un outil cartographique 2.0 en s'appuyant sur Google Maps, outil qu'ils appelleront Ushahidi ("témoignage" en swahili). Les Kényans se transforment alors en journalistes-citoyens pour signaler les exactions mais aussi les efforts de paix dont ils sont témoins autour d'eux. Au total, 45 000 internautes utiliseront cette carte interactive. 

Zoom:
Capture d'écran de la carte réalisée à la demande de l'ONU lors de la crise en Libye ©Ushahidi
Made in Africa

Les quatre fondateurs comprennent qu'il y a un vrai besoin et se lancent dans la cartographie de crise. Militants, ils décident que leur start-up sera une organisation à but non lucratif et que leur logiciel de cartographie interactive sera "open source" (c'est-à-dire que la licence est libre et que le code est accessible et modifiable par tous).

La société tape dans l'oeil des investisseurs philanthropes et accumule les trophées. En 2008, Ushahidi est récompensé au concours international Net Squared Mash-Up Challenge. En 2010, le blog d'Ushahidi remporte le premier prix des BOB’s, les best of blogs, un célèbre concours organisé par la radio et télé allemande Deustche Welle.

Aujourd'hui, c’est devenu l’un des logiciels de cartographie participative les plus populaires au monde, utilisé 38 000 fois dans plus de 150 pays. Des internautes, des médias, des ONG y ont eu recours pour suivre les inondations à Jakarta en Indonésie, pour révéler l'ampleur des viols commis pendant la guerre civile en Syrie, ou encore pour lutter contre les violences faites aux femmes au Cambodge. Même l'ONU a fait appel à la société kényane lors de la crise en Libye, car elle n'avait personne sur le terrain. L'organisation internationale a pu ainsi connaître et coordonner les besoins humanitaires.

Ushahidi a donc été utilisé sur la plupart des zones de crise majeures de ces dernières années. Mais pas que : comme le logiciel est open source, les internautes se l'approprient selon leurs besoins et envies. On recense, entre autres, une carte listant les meilleurs burgers du monde, ou une autre répertoriant les feux de forêts en Italie.

La start-up "made in Africa by Africans" est maintenant devenue une société, toujours à but non lucratif, financée par diverses fondations et qui emploie 23 personnes à Nairobi. Parmi les quatre cofondateurs, seule Ory Okolloh a quitté le navire, devenant en 2010 responsable stratégique de Google en Afrique.
Will Janssen, directrice régionale d'Hivos pour l'Afrique de l'Est, Daudi Were, d'Ushahidi (assis) et Kawive Wambua, secrétaire éxécutif du CRECO lors du lancement d'Uchaguzi à Nairobi le 11 février 2013.
Retour aux sources

Cinq ans plus tard, l'équipe d'Ushahidi relève à nouveau le défi de veiller au bon déroulement des élections kényanes. Cette fois, pas d'urgence ni de contexte de crise - pas encore. Le projet Uchaguzi a été longuement préparé et l'équipe a réalisé des tests grandeur nature en couvrant les élections dans d'autres pays - Ouganda, Tanzanie, Zambie - et surtout le référendum sur la nouvelle constitution en 2010 au Kenya.

Mise en ligne le 11 février, la plate-forme a déjà accueilli des premiers témoignages, envoyés via le maximum de canaux possibles [voir ci-contre "5 façons de contribuer sur Uchaguzi"]. 

Côté technologie, le pays a fait un bond en avant, ce qui laisse présager plus de participation : "En cinq ans, l'accès à Internet a explosé. 20 à 25 millions de Kenyans (plus de la moitié de la population, ndlr) ont maintenant une connexion au web. Et 80 à 90% de la population possède un téléphone portable", détaille Daudi Were.

Mais le véritable changement, selon le directeur de projet d'Ushahidi, ce sont les nombreux partenariats mis en place : "Cette année, nous travaillons avec des observateurs des élections, des ONG pacifistes, les autorités de sécurité et de police. En 2008, nous avions démarré en plein coeur de la crise."

Pour Daudi Were, la technologie est juste un "outil", mais "utilisée correctement, elle permet de connecter directement les citoyens avec leurs dirigeants et leurs administrations". Espérons que la démocratie et la paix soient les grandes gagnantes du scrutin kényan et que les cyberactivistes d'Ushahidi y auront contribué.

KENYA

Chef de l'Etat : Président Uhuru Kenyatta
Capitale : Nairobi
Superficie : 580 367 km2²
Population : 39 802 000 habitants
Gentilé : Kenyan, Kényane

Repères

14,3 millions d'électeurs kényans sont appelés aux urnes le 4 mars pour élire un nouveau chef d'Etat, des députés, des sénateurs, des gouverneurs, vice-gouverneurs et conseillers départementaux, ainsi que des représentantes féminines dans les assemblées.

Les risques de violences restent "dangereusement élevés" lors de ces prochaines élections, selon un rapport de Human Rights Watch [PDF]

En 2007-2008, les violences post-électorales avaient fait plus de 1100 morts, plus de 3500 blessés et 600 000 déplacés.

5 façons de contribuer sur Uchaguzi

La carte interactive du Kenya renseignée par tous permet de suivre le déroulement des élections

> Envoyer un SMS au 3002 depuis le Kenya
> Sur Twitter suivre @Uchaguzi ou utiliser le hashtag #uchaguzi
> Poster un message sur la page Facebook
> Envoyer un mail à reports.uchaguzi@gmail.com
> Utiliser le formulaire en ligne sur la plate-forme Uchaguzi

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C'était il y a...

Retour sur des moments historiques avec la rédaction de TV5MONDE
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