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10 ans de l'euro : l'ambiance n'est pas à la fête

L'œil de la rédaction

Les 10 ans de l'euro

10 ans de l'euro : l'ambiance n'est pas à la fête
Ce devait être une victoire accélérant l'unification européenne. La monnaie unique, à ses débuts, semble parée de tous les mérites, prête "à conduire les peuples à l'Europe rêvée", comme un éditorialiste français le clame au dernier jour de l'année 1998 dans un hebdomadaire national. 10 ans après la première mise en circulation des pièces et billets, l'euro est moribond au point que de nombreux spécialistes parient aujourd'hui sur sa mort prochaine. Petit coup de rétroviseur sur la monnaie unique, "dernière utopie du XXIème siècle"...
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Jacques Delors en en 1986, président de la Commission européenne
31.12.2011Par Pascal Hérardun projet français "vendu" aux allemands

Si l'euro est inscrit officiellement dans le traité de Maastricht de 1992, le projet de monnaie unique se forme concrètement quelques années auparavant, plus particulièrement dans un pays, la France. Dès le milieu des années 80, le président François Mitterrand désire contrer le Deutschmark : la monnaie allemande, grande compétitrice du franc désavantage l'hexagone. A l'inverse, la création d'une monnaie unique européenne n’enthousiasme guère les dirigeants allemands de l'époque. Leur acceptation d'une union économique et monétaire se fait donc à leurs conditions et accompagnée de certaines "facilitations".

Ce sont trois Français, Jacques Delors pour l'Union Européenne, Henri Chavranski pour l'OCDE et Michel Camdessus pour le FMI qui vont, sous l'impulsion de François Mitterrand, mettre en œuvre ces "facilitations" aujourd'hui fortement contestées et pointées du doigt dans la crise financière : la principale est la libéralisation des mouvements de capitaux (accompagnée ensuite par la dérégulation des marchés financiers).

Les conditions allemandes à la création de l'euro, elles, sont simples à résumer et tiennent en 3 lettres : BCE. C'est donc le modèle de la Bundesbank (la banque centrale allemande) qui est retenu et inscrit dans le traité de Maastricht, modèle qui impose une Banque Centrale Européenne totalement indépendante du pouvoir politique : au point que celle-ci ne peut prêter aux États tout en étant garante de la stabilité des prix (l'inflation étant la hantise allemande depuis la crise de 1929).

Des débuts très prometteurs suivis 10 plus tard d'une désillusion amère

Si l'on en croit les commentateurs économiques et politiques de 1999, date à laquelle la monnaie unique est mise en circulation uniquement sur les marchés financiers, l'émerveillement et l’enchantement que doit apporter l’euro sont sans égal.

Petit florilège en France : "Vive l'euro" titre l'Express, "la nouvelle solidarité en marche" voit le Journal du dimanche, "le jour de gloire est arrivé" clame en Une France soir. Le ministre des finances français, Dominique Strauss-Kahn, affirme en mars 1999 : "l'euro sera le meilleur instrument possible de la mondialisation" (au dernier Forum économique de Pékin, le même Strauss-Kahn affiche aujourd'hui un optimisme nettement plus tempéré, estimant notamment que les dirigeants européens n’ont "pas plus d’une semaine pour sauver l’euro"). Premier ministre socialiste du Président conservateur Jacques Chirac, Lionel Jospin se fend d'un "Génial !". Le quotidien économique britannique The Financial Times salue le "triomphe de la volonté politique sur les difficultés pratiques : un euro qui fournit de la croissance et une faible inflation aidera à redorer la confiance dans les institutions européennes". Et les journaux télévisés de discourir sur la baisse des prix qui ne manquera pas de survenir par l'effet conjugué de la concurrence et de la comparaison des prix lors de la première mise en circulation des pièces et billets en janvier 2002 :

Reportage France 2 quelques jours après la première mise en circulation des billets et pièces en euro
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La mise en circulation des pièces et billets en décembre 2001 en Allemagne puis au 2 janvier 2002 pour les 11 autres membres de la zone euro (17 aujourd'hui) ne semble pas poser de gros problèmes; l'avenir parait radieux.

Cette euphorie semble aujourd'hui lointaine. Le 26 décembre dernier, le dixième anniversaire de la monnaie unique est célébré en Allemagne dans la plus grande discrétion sans même la présence du ministre des finances de 2001. Le pessimisme germanique sur la monnaie unique est tel qu'aujourd'hui les enquêtes d'opinion donnent seulement 30% d'Allemands ayant encore confiance en l'euro.

Leurs dirigeants, il est vrai, ne sont pas les derniers à douter. Une conseillère rapprochée de la Chancelière allemande, Beatrice Weder di Mauro, vient de déclarer ce 29 décembre qu'une rupture de la zone euro en 2012 n'était pas à exclure : l'Allemagne pourrait entrer en récession de 0,5% dans l'année à venir avec une augmentation du chômage conséquente si la crise n'était pas jugulée.
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Mario Draghi, président de la BCE depuis novembre 2011
l'euro supportera-t-il la crise ?

Personne ne peut dire quel sera le sort réservé à la monnaie unique pour l'année 2012 au vu des incertitudes financières et économiques qui caractérisent la crise actuelle. Les dettes souveraines des états européens de l'euro-zone ont grimpé en flèche suite à la crise des "subprimes", débutée en 2008 en Europe, et sont aujourd'hui la proie d'une spéculation massive de la part des opérateurs des marchés financiers. Les emprunts en euro ne peuvent être effectués auprès de la BCE par ces mêmes états mais uniquement auprès des banques ou du FMI, en dernier recours. Mais les banques manquent de liquidités, de la même manière que le FMI. La création d'un nouveau "pactole de secours" auprès du Fonds Monétaire International vient donc d'être constitué par les états les "moins mal en point" (France, Allemagne, Italie, Espagne). Mais le paradoxe du refinancement perpétuel arrive à son comble : sur les 200 milliards d’euro versés au FMI pour lutter contre la crise de la dette de la zone euro, l'Italie a contribué à hauteur de 23,5 milliards pour ensuite lever 7 milliards d’euros d'obligations à moyen et long terme. Prêter pour ensuite emprunter : ainsi va la "gestion de la crise des dettes souveraines et de l'euro".

Jeudi 29 décembre, la monnaie unique était tombée à 1,2858 dollar en milieu de journée, son niveau le plus bas depuis septembre 2010 et moins de 100 yens vendredi, un seuil inédit depuis...2001. De nombreux analystes s'inquiètent aujourd'hui du refinancement chronique des banques par la BCE pour racheter des dettes d'états au détriment des prêts aux entreprises et aux ménages, créant ainsi un cercle vicieux accroissant la crise.

Pour contrer cet effet, une reprise en main de la Banque Centrale Européenne pourrait survenir afin qu'elle effectue des prêts aux États, mais cette réforme obligerait alors à une reconfiguration complète de l'euro... accentuant, pour certains analystes, l'hypothèse de sa disparition.

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Sondage en France : la montée du doute

36 % des Français pour l'abandon de l'euro

01.01.2012d'après AFPPrès des deux-tiers des Français (64%) se prononcent contre l'idée d'un abandon de l'euro et un retour au franc, tandis que 36% le souhaiteraient, selon un sondage Ifop réalisé à l'occasion du 1Oème anniversaire de la monnaie unique. La moitié des sondés (50%) pensent avec le recul que l'euro a été "plutôt une mauvaise chose", contre 35% qui considèrent que c'est "plutôt une bonne chose" et 15% "ni une bonne ni une mauvaise chose".
Les Français sont encore 43% à convertir les euros en francs pour mieux évaluer les prix. En décembre 2003, ils étaient 73% à le faire.
Et 54% seraient favorables à un retour au double affichage des prix en francs et en euros.
Une large majorité, 81%, estiment que le passage à la devise européenne s'est traduit par une forte hausse des prix.
Un peu plus de la moitié des sondés (52%) voit dans l'euro "un handicap" dans le contexte de la crise économique et financière des trois dernières années, 26% le qualifient d'"atout" et pour 22% c'est "ni l'un ni l'autre".
Sondage réalisé en ligne du 29 au 30 décembre auprès d'un échantillon de 901 personnes représentatives de la population française de 18 ans et plus, suivant la méthodes des quotas.
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La une de Libération du 2 janvier 2002
La une du quotidien belge Le Soir

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