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Crise grecque : le remède pire que le mal ?

L'œil de la rédaction

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Crise grecque : le remède pire que le mal ?
Un magasin est en flammes pendant les manifestations populaires contre les réformes à Athènes, le 12 février 2012 (AFP)
Et de trois ! Malgré une forte mobilisation de la rue et de violents affrontements, le Premier ministre grec a arraché ce lundi matin 13 février un troisième plan d'austérité au parlement et à ses partenaires du gouvernement d'union. Pourtant, malgré les programmes successifs, le pays semble s'enfoncer inexorablement. Et si la recette n'était pas la bonne ? 
 

"En coupant les dépenses, on brise la croissance"

3 questions à Christophe Blot, économiste au sein du Centre de Recherche en Economie de Sciences Po Paris.

08.02.2012Propos recueillis par Marthe Fare
La Grèce planche sur un troisième plan d'austérité en deux ans. Cela ne semble pas très efficace jusque là ... 

La multiplication des plans de rigueur est complètement contre-productive et plonge la Grèce dans un cercle vicieux, c'est-à-dire qu’elle lui impose des sanctions très lourdes. Certes, il faut essayer de ramener la dette publique vers une trajectoire plus soutenable, mais il y a une multiplicité des plans de restriction. Alors que le pays a fait des efforts très importants entre 2010 et 2011 pour réduire son déficit structurel,  on lui demande de nouveaux efforts. Parce que comme il y a  récession, il y a moins de recettes fiscales. Et comme il y a moins de recettes fiscales, la dette continue à augmenter. Ce qui enfonce de plus en plus la Grèce dans la récession et son taux de chômage est en hausse vertigineuse.

L’aide internationale est-elle bénéfique à la Grèce ?

Fondamentalement elle est bénéfique, mais ce sont les contreparties demandées à cette aide qui sont nuisibles. Ce sont des contreparties en termes d’ajustements budgétaires drastiques, choses qu’on n’a jamais demandées à un autre pays de la zone euro. Du coup, ces mesures ont des conséquences néfastes sur la croissance et les capacités productives de l’économie grecque et empêchent le pays de retrouver le chemin de la croissance qui est la meilleure façon de stabiliser la dette publique grecque à moyen terme. Le déficit public n’est pas aggravé, mais on n’arrive pas à la baisser autant qu’on voudrait. Avec les plans d’austérité massifs et continus, on enfonce la Grèce dans la récession. Du coup ces plans sont devenues inefficaces et la croissance est brisée.
Nouvelle grève générale ce mercredi en Grèce (AFP)
Un troisième plan d’austérité sauvera t-il la Grèce de la Faillite ?

Dans  le schéma actuel, un troisième plan de restrictions a peu de chance d’avoir un succès du point de vue de la soutenabilité de la dette grecque et de la crise sociale. A partir du moment où on est toujours dans la logique "plan de restriction", on plongera toujours l’économie en récession. 
Le meilleur moyen aurait été de promouvoir une stratégie de croissance, faire des reformes structurelles sur l’efficacité du système fiscal et social, en n’oubliant pas des reformes de gestions des dépenses publiques. Elles seront plus couteuses certes, mais elles viseront à rendre plus efficace le système fiscal. Alors qu’en coupant les dépenses, on a des actions immédiates, mais qui brisent la croissance. Il faut effectivement apporter une aide financière massive à la Grèce, sans toutefois demander des contreparties aussi contraignantes. Il aurait fallu garantir la dette grecque dès le départ de façon à éviter une contagion à la zone Euro. Ces mesures n’ayant pas été prises, l’Europe est condamnée à essayer de refinancer la Grèce.

GRÈCE

Chef de l'Etat : Karolos Papoulias, Premier ministre Antonis Samaras
Capitale : Athènes
Superficie : 131 957 km2²
Population : 10 780 000 habitants
Gentilé : Grec, Grecque

La rue s'embrase, le parlement vote l'austérité

13.02.2012AFPLa Grèce a choisi dimanche d'accepter l'austérité imposée par ses créanciers afin de pouvoir échapper à la faillite et rester dans la zone euro, après un vote du parlement en faveur d'un programme de rigueur draconienne violemment contesté lors de spectaculaires manifestations. Après un débat en procédure d'urgence au parlement, le programme a été adopté par 199 voix de majorité sur un total de 300 députés, dont 278 présents, dans une enceinte où le gouvernement de coalition socialistes-conservateurs pouvait théoriquement compter sur 236 voix.
Les membres du gouvernement avaient solennellement mis en garde contre des scénarios d'apocalypse ou de "chaos" pour la Grèce, si les députés votaient contre le programme, en affirmant que le pays serait alors conduit à se déclarer rapidement en cessation de paiement, et à sortir à plus ou moins long terme de l'euro.
Le chaos, il était dans les rues de la capitale.
De violentes manifestations réunissant 80.000 personnes à Athènes selon la police, ont littéralement enflammé Athènes, avec une quarantaine de départs de feu ou incendies dans des bâtiments ou équipements du centre, selon un communiqué du ministère de la Protection du citoyen.
Une boutique d'articles culinaires de luxe a été ravagée par les flammes, les pompiers éprouvant des difficultés à se frayer un passage au milieu de rues où s'affrontaient les forces de l'ordre et des bandes de manifestants encagoulés.
A Athènes, le ministère de la Santé a recensé 54 personnes blessées.
A Salonique, les manifestations ont rassemblé 20.000 personnes et la police a recensé six banques endommagées.
A peine la manifestation contre le plan proposé aux députés avait-elle commencé vers 15H00 GMT que les premiers incidents ont démarré lorsqu'un groupe de contestataires regroupés devant le parlement a fait pression sur l'important cordon policier disposé autour du bâtiment. La police a aussitôt riposté en faisant usage de gaz lacrymogènes.
Les manifestants se sont alors retirés dans les rues adjacentes, qui se sont transformées en champs de bataille: des manifestants jetaient des pierres, des morceaux de marbre et des cocktails Molotov sur les forces antiémeutes qui répliquaient avec des jets de gaz lacrymogènes.
Des personnes encagoulées ont brisé des vitrines de magasins sur les grandes avenues du centre.
Les contestataires avaient commencé à affluer sur la place Syntagma en début d'après-midi à l'appel des deux grandes centrales syndicales grecques, la GSEE pour le privé et l'Adedy pour le public, ainsi que de la gauche radicale.
"Les députés s'apprêtent à voter des mesures qui vont conduire à la mort de la Grèce (...) mais le peuple ne va pas céder", s'est exclamé le compositeur grec Mikis Theodorakis qui s'est joint aux contestataires à Athènes, juste devant le Parlement.
A l'intérieur du parlement, dont les abords étaient gardés par quelque 3.000 policiers, les discussions ont été très vives, marquées par de fréquents incidents de séance entre les rangs gouvernementaux et l'opposition de gauche.
Visiblement tendu, le ministre des Finances Evangélos Vénizélos, qui mène depuis des semaines des négociations difficiles avec les créanciers du pays, avait rappelé aux députés que le programme devait être adopté dimanche soir pour éviter la faillite.
Il a souligné que l'Eurogroupe, qui pourrait se réunir mercredi, réclamait un vote positif des députés en préalable au déblocage du deuxième plan de sauvetage du pays, combinant renflouement via des prêts publics de 130 milliards d'euros et désendettement via l'effacement de 100 milliards d'euros de créances.
Le pays espère entamer cette dernière opération avec ses créanciers privés d'ici au 17 février, a précisé M. Vénizélos. Le représentant des créanciers privés, Charles Dallara, avait lui aussi appelé les députés à voter oui, et prévenu que la Grèce n'avait plus une minute à perdre, dans un entretien avec le quotidien Kathimérini.
Avant le vote, le président du parti de droite Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, et celui du parti socialiste Georges Papandréou ont appelé à la tribune les députés à voter en faveur du paquet d'austérité, un des votes les plus "difficiles de l'histoire" en raison des contraintes qu'il impose au peuple grec, selon M. Samaras.
Chacun des deux partis a prononcé l'exclusion d'une vingtaine de députés qui ne sont pas conformés aux consignes de vote.
Le Premier ministre Lucas Papademos a condamné la violence et les destructions qui ont eu lieu, tout en soulignant l'importante du choix fait par les parlementaires: "avancer avec l'Europe et la monnaie unique" ou "précipiter le pays dans la misère, la banqueroute, la marginalisation et l'exclusion de l'euro".
Sans cet aval, la Grèce n'avait aucune chance de recevoir le moindre centime d'aide pour éviter un défaut de paiement incontrôlé en mars, à l'échéance de créances de 14,5 milliards d'euros.
Juste avant le vote, les ministres allemands des Finances et des Affaires étrangères avaient accentué les pressions sur Athènes. "Les promesses de la Grèce ne nous suffisent plus. Ils doivent, lors d'un nouveau programme, d'abord mettre en oeuvre les parties de l'ancien programme et économiser", avait déclaré le ministre des Finances Wolfgang Schäuble.
Mais le plan d'austérité accepté en échange du renflouement et du désendettement ouvre la voie à une chute brutale des salaires dans le privé, censée redonner de la compétitivité aux entreprises du pays.
Les syndicats ont jugé que ce plan faisait le "tombeau de la société", tandis que la gauche communiste et radicale a réitéré au parlement sa demande d'élections immédiates, considérant que la Grèce n'a rien à perdre à mettre ses créanciers au défi de la lâcher.
L'accord gouvernemental affiché jeudi sur ce plan s'était vite fissuré, avec la démission dès le lendemain de six membres du gouvernement: deux socialistes et quatre cadres de la formation d'extrême droite Laos, qui avait rallié en novembre le gouvernement de coalition.
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