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16 juillet 1942, à Échirolles avant la clandestinité

Juillet 1942, rafle du Vel d'Hiv - géographie d'un sauvetage

La scène est l’une des seules que frères et sœur se racontent sans jamais se lasser, tant elle les a longtemps faits rire. Michla et sa mère Sarah sont arrivées au petit matin, aux portes de la capitale dauphinoise, occupée par les Italiens fascistes de Mussolini. Une chance, les chemises brunes sont plus laxistes que les perfectionnistes nazis.

Michla emmène Sarah directement à Echirolles, prolongation très ouvrière et industrielle de Grenoble.  Elles grimpent vers la chambre de la cité attenante aux usines de la Viscose, où vivent Georges et Charles. Elles ouvrent la porte, restent interdites. Et Sarah se met à hurler contre ses fils. Ils sont au lit, écoutent la radio sur des postes à galènes, au milieu d’une pagaille indescriptible et d’une odeur de jeunes hommes négligés. Elles sont en fuite, pourchassées par la police de Vichy et la Gestapo réunies, mais Sarah s’enflamme à la vue du désordre et se transforme en tornade récurrente.

Quand elle est calmée, Michla reprend la conduite de leur destin. Elles travailleront elles aussi à la viscose, grande productrice de cette nouvelle soie artificielle à base de bois qui fait fureur chez les mondaines. Elles y tisseront des bas et des sous-vêtements pour les bourgeoises, tant que le danger se tiendra à distance raisonnable. La résistance à Echirolles est l’une des plus efficaces de France – la municipalité communiste d’aujourd’hui en affiche sa fierté, autour de la vieille mairie, comme du nouveau bâtiment municipal écolo et futuriste.

En juillet 1942, la secrétaire de mairie, Anne-Marie Mingat, dite la petite Mimi, fabrique de vrais faux papiers à la demande. Une semaine après leur arrivée, toute la famille Helman en est pourvue. Michla s’appelle désormais Marie Boudinier – elle aime encore prononcer cette identité qu’elle trouve harmonieuse.

Mais le nazisme arrive aux portes de Grenoble. C’est au tour de Georges, l’aîné de prendre les commandes familiales. Parce qu’il sait, avec un sentiment d’évidence absolue, où les emmener. Vers ce hameau du bout du monde où il fut démobilisé en 1940, lové dans ce qui reste encore pour le petit Charles, une vallée des merveilles.
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