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Inas Miloud, berbère, libyenne et féministe : un triple combat au quotidien

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Inas Miloud, berbère, libyenne et féministe : un triple combat au quotidien
Cela faisait plus de deux ans que cette coquille restée vide de l'Union pour la Méditerranée imaginée par l'ancien président Nicolas Sarkozy en 2008 n'avait plus fait parler d'elle. Et pourtant Paris, dans une tentative de la relancer, accueille les 11 et 12 septembre 2013 la 3ème conférence ministérielle de cette organisation intergouvernementale consacrée au renforcement (ou pas) du rôle des femmes dans la société, à l'aune des révolutions qui ont secoué l'un après l'autre nombre de pays de la Méditerranée. L'occasion de s'arrêter cette semaine en Libye, à la rencontre d'Inas Miloud, berbère et libyenne, qui utilise sa langue natale, le tamazight, pour faire avancer son pays dans le bon sens.
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Inas Miloud en tenue berbère
09.09.2013Ali ChibaniLa vraie révolution libyenne, c’est sans doute maintenant qu’elle se déroule. Inas Miloud se veut la preuve vivante de la construction d’un pays fermé par Mouammar Kadhafi et meurtri par une guerre de plusieurs mois en 2011. Mais pour cette femme d’à peine 23 ans, rien n’est encore acquis. La Libye de demain peut accéder à la démocratie, comme elle peut virer et tomber dans le giron des extrémistes financés par les pays du Golfe.

Inas Miloud est une militante qui se bat sur tous les fronts. Animatrice d’une émission féministe sur Tamazight Radio, elle lutte également pour la reconnaissance du tamazight comme langue officielle dans la future Constitution et pour une meilleure représentativité des femmes dans les structures politiques locales et nationales.

Fière d’arborer sa robe et ses bijoux berbères, Miloud est issue des montagnes du Nefoussa au Nord-Ouest du pays, plus précisément du village Yefren. Après Benghazi, la grande ville rebelle du Nord-Est, c’est cette région, d’environ deux millions d’habitants (sur un total d’un peu plus de six millions pour tout le pays), qui a donné le plus grand nombre de combattants contre le régime de Kadhafi. Après avoir libéré leur montagne, ils ont progressé vers d’autres zones, dont la capitale Tripoli, et les arracher aux milices du dictateur.

« Sous l’ancien régime, se souvient Inas Miloud, je faisais des études en anglais. A l’époque, je savais que j’étais amazighe et je connaissais ma langue car ma mère me l’a transmise. Mais la femme berbère n’avait pas le droit à la parole. Plus que les autres Libyennes, elle subissait de grandes pressions de la part du régime qui nous interdisait de parler en tamazight.  A l’époque, aucune femme berbère ne pouvait accéder à un poste à responsabilité. »
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Des femmes apprennent le tamazight à l'association Tinatriwin
Depuis la chute de la dictature, les choses changent, doucement. « Il y a déjà des femmes qui dirigent des écoles, rapporte Inas avec une voix sereine et ferme. Mais cela ne suffit pas, car la femme, qu’elle soit berbère ou autre, n’est nullement représentée dans les Conseil locaux, ni dans aucune autre organisation politique. »

« Nous ne nous laisserons pas faire »


Quand Inas Miloud répond aux questions qu’on lui pose, elle le fait avec un « nous » collectif. Il renvoie aux nombreuses associations féminines qui ont vu le jour dans le pays, notamment dans le Nefoussa, ces deux dernières années. Inas est l’une des membres les plus actives de ces associations.

« Pendant la Révolution, raconte celle qui cherche de nouveaux moyens plus efficaces pour renforcer l’autonomie financière des femmes, les milices de Kadhafi venaient vers nos femmes et leur disaient  "Les femmes berbères sont les plus belles”, avant de les violer. Il nous fallait les fuir. Pour ne pas rester passives, nous avons décidé de participer à la guerre. Nous nous partagions les tâches selon nos connaissances pour aider les familles, soigner les blessés… Après la mort de Kadhafi, la femme berbère est face à cette question : "Allons-nous nous arrêter là ou continuer notre effort pour construire la nouvelle Libye ?” » Décision est prise de ne pas baisser les bras.

Des milliers de femmes

Ces femmes, longtemps privées du droit de parler leur langue, pensent d’abord à mettre en place des cours de tamazight et d’anglais pour les illettrées de 35 à 45 ans. « Nous avons créé l’association "Tiwatriwin n nanna Zoughra” (les prières de Sainte Zouragh) du nom d’une savante locale du XIXème siècle. » Le succès est au rendez-vous : « Au début, nous recevions moins de 50 femmes. Aujourd’hui, elles sont près d’un millier à venir profiter de nos cours et notre association compte déjà 300 membres permanents. Nous avons même été surprises de voir des femmes de 65 à 70 ans venir pour apprendre. »
Financée par un fonds gouvernemental pour les associations, des Ong, l’Onu et l’ambassade britannique, « Tiwatriwin » se donne les moyens de devenir un modèle national. Les militantes féministes viennent de tout le pays pour se nourrir de cette expérience et les enseignants de tamazight s’y rendent afin de s’inspirer du travail de l’association pour leurs propres cours.

10 % des sièges pour les femmes


L’enseignement n’est pas la seule préoccupation de « Tiwatriwin » qui apprend aussi aux femmes l’usage de l’outil informatique. En effet, Inas Miloud est consciente que l’enjeu principal de ces prochaines années est de changer les mentalités des femmes mais aussi des hommes face à l’idée du pouvoir féminin : «  La société libyenne est matriarcale. C’est la mère qui décide de tout à la maison et quand on parle de quelqu’un, on donne son prénom et le nom de sa mère. Les femmes détiennent donc le vrai pouvoir. Mais aujourd’hui, l’idée de les voir à des postes à responsabilités politiques passe mal. Pour moi, la femme doit apprendre à voter, à devenir une actrice politique à part entière."

"Pour ce faire et pour plus d’efficacité, nous avons créé des réseaux entre les différentes associations du pays. Notre prochain objectif est de convaincre le gouvernement que la concession de 6 sièges sur 60 au sein de la Commission Constitutionnelle, après une première annonce qui ignorait complètement la femme, est une injustice, d’autant que les femmes sont majoritaires dans notre société."

"Nous avons donc lancé
une pétition sur le web pour en finir avec la limitation des sièges réservés aux femmes. Nous allons aussi mener une campagne de sensibilisation et réaliser un sondage auprès des hommes pour mesurer leur capacité à accepter d’être représentés par des femmes. Nous voulons montrer à tout le monde qu’un homme et une femme à compétences égales peuvent fournir le même travail."
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L'ambassadeur britannique M. Michael Aron découvre le "tifinagh", l'alphabet berbère, lors d'une visite à Tinatriwin
Point positif, tous les hommes ne sont pas opposés au travail de ces femmes. Une partie de la gente masculine les soutient et les encourage. Certains sont même actifs au sein de ces associations féminines et y enseignent.
 
Les Libyennes, après avoir espéré la libération, craignent aujourd’hui que les islamistes au gouvernement, confortés par l’inexpérience démocratique de la société, finissent par imposer leur vision du monde et par les maintenir dans un statut d’éternelle mineure. Voulant garder espoir, Inas Miloud tempère cette inquiétude : « Si les Egyptiens et les Tunisiens se sont trompés en confiant les rênes du pouvoir aux islamistes, que dire des Libyens qui ne savent même pas ce que voter veut dire ? Il faut nous laisser le temps d’apporter des changements plus importants à notre société. »

LIBYE

Chef de l'Etat : ...
Capitale : Tripoli
Superficie : 1 759 540 km2²
Population : 6 420 000 habitants
Gentilé : Libyen, Libyenne

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