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Les associations de pères sont elles masculinistes ou paritaires ?

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Les associations de pères sont elles masculinistes ou paritaires ?
Il a défendu "la cause des papas" en occupant une grue nantaise désaffectée pendant tout le week-end, suscitant d'abord l'émotion nationale. Une fois Serge Charnay redescendu de son perchoir, le 18 février 2013, le doute s'installe. Est-il un père éploré, ou une figure de proue anti-féministe ? Les associations de défense des droits de pères militent-elles pour l'égalité homme-femme ou l'application de principes masculinistes ? Eclairage. 
Serge Charnay en haut de sa grue, dimanche 17 février (Photo Frank Perry/AFP)
21.02.2013Anna RavixPendant quatre jours et trois nuits, Serge Charnay a occupé une grue nantaise et les chaînes d'information continue. En manque d'eau et de nourriture, les batteries de téléphone de cet homme ne furent jamais à plat pour répondre aux questions des journalistes.

Une opération médiatique réussie puisque ce père de 42 ans a obtenu dès dimanche du Premier ministre français qu'il convoque les associations de défense des droits des pères, SOS papa en tête, lors d'une réunion présidée par la ministre de la Justice, Christiane Taubira et la ministre déléguée à la famille Dominique Bertinotti, qui s'est tenue lundi 18 février. Ce n'est qu'après que Serge Charnay a décidé de descendre de son perchoir, et qu'il s'est exprimé face caméra... 
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Serge Charnay lors de la manifestations de pères à Nantes le 20 février (Photo Frank Perry/AFP)

Et le papa parla...

"Je me casse, j'ai autre chose à faire, on se fait encore balader par des femmes ministres qui n'en n'ont rien à foutre des pères" a-t-il déclaré une fois au sol. "Les femmes qui nous gouvernent se foutent toujours de la gueule des papas" a-t-il ajouté, pour conclure finalement que "Ces bonnes femmes croient toujours qu'on n'est pas capables de changer les couches d'un enfant". Un vocable sexiste qui met rapidement fin à l'emballement mediatique.

Serge Charnay n'est plus alors décrit comme un papa éploré, mais plutôt comme un repris de justice, séparé de son fils depuis deux ans à la suite d'une condamnation pour soustraction d'enfant, mais pas seulement. Il a aussi été condamné par le tribunal correctionnel pour des faits de violences familiales, suivies d'une incapacité supérieure à huit jours. La situation étant extrêmement tendue entre les deux parents, la mère avait proposé une mesure de médiation en urgence, prévue en fin de semaine dernière, que le père a refusée.

Une publicité dont se seraient finalement bien passé les associations de défense des droits de pères. SVP papa, qui comptait Serge Charnay parmi ses membres, s'est désolidarisée de son action dès le samedi 17 février. Quand au président d'SOS papa Fabrice Mejias, il a admis que Serge Charnay "aurait peut être dû dormir un petit peu plus et avoir des propos peut-être un petit moins irrévérencieux".

"SOS papa ne cautionnera jamais ce type de comportement ou ce type de parole déplacée" a affirmé son président, "cela-dit, il faut aussi comprendre que ce papa venait de passer quatre jours dans une grue, on peut aussi estimer qu'il n'était pas forcément dans un état tout à fait adéquat pour passer devant une caméra de télévision".

Les associations prennent donc leurs distances, mais ne renoncent pas à organiser une manifestation à Nantes, dès le surlendemain, pour la défense des droits des pères. Quelque 150 personnes y ont participé, dont Serge Charnay. SVP Papa était aussi présente, et son président Yann Vasseur a demandé "la résidence alternée par défaut lors des séparations, en prenant des précautions liées à l'âge ou la distance géographique". Parmi les slogans, on pouvait lire "équité père-mère pour nos enfants" ou encore "50% Maman, +50% Papa = 100% bien-être des enfants". A première vue, des revendications louables et paritaires.
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"Toutes les femmes puent", extrait de l'hymne d'SVP papa

Des papas féministes ou sexistes ?

"Nous défendons l'égalité des droits, et une vraie égalité entre père et mère, homme et femme, ceci aussi bien dans la sphère familiale, que dans la sphère professionnelle" affirme le président de SOS papa Fabrice Mejias, qui n'hésite pas à décrire son association comme "féministe". D'autant plus que la marraine de SOS papa est une (ex)féministe d'avant-garde, Evelyne Sullerot, sociologue du travail des femmes et créatrice du planning familial. Mais au début des années 2000, elle condamne en bloc le droit à l'avortement, la contraception et le plaisir sexuel à l'origine selon cette "repentie" de l'éclatement des familles.

Une vocation féministe difficile à croire à la lecture d'un texte, publié sur le site de SOS papa 78, qui dénonce "Le mariage gay" comme étant "l'une des dernières étapes d'un long processus conduit par le lobby lesbio-féministe pour obtenir les enfants qu'elles ne peuvent produire elles-mêmes entre elles". Mais Fabrice Mejias défend son association d'avoir un quelconque lien avec cet article qu'il juge "atterrant".

Pourtant, son auteur Michel Thizon, n'est autre que le fondateur de SOS papa, et toujours son président d'honneur. "C'est un électron libre aujourd'hui" se défend Fabrice Mejias qui se lance dans un parallèle douteux avec "Jean-Marie le Pen", "une personne d'un certain âge, difficile à contrôler, on a un peu le même cas avec Michel Thizon". Mais attention ajoute-il, "je ne voudrais pas être comparé à la Marine le Pen de SOS papa malgré tout".

Dans les placards de SOS papa, il y a aussi Fabrice Deveaux, ancien militant de l'association, condamné à six ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Caen pour avoir projeté l'assassinat de son ex-compagne, mère de leurs trois enfants. Huit autres prévenus dans l'affaire ont été condamnés, dont des membres d'SOS papa.

Côté SVP papa, l'association de Serge Charnay dont le président a milité aujourd'hui derrière des banderoles d'apparence paritaire, difficile aussi de croire que ses intentions sont féministes. Sur son site internet, "l'hymne de SVP papa" ne laisse aucune place à l'ambiguïté : "Celui qui urine tient son pénis en main, et les trois quarts du temps, il se pisse une goutte dessus. Et puis il la secoue n'importe comment, la dernière goute, c'est pour le caleçon. Toutes les femmes puent, il n'a que les hommes qui sentent bon"

L'agenda masculiniste

Pour Patric Jean, cela ne fait aucun doute, ces associations de pères et l'escalade des grues est une émanation du courant masculiniste, qui "propose le rétablissement de valeurs patriarcales sans compromis" comme il l'explique dans un article publié sur son blog. Ce mouvement est né au Canada avant d'essaimer dans le monde - le meurtrier de masse norvégien d'extrême droite Anders Behring Breivik s'en réclamait. Le réalisateur sait parfaitement de quoi il s'agit, puisqu'il a infiltré ces milieux au Canada en se faisant passer pour un militant masculiniste français. De son expérience, il a tiré un documentaire, "La domination masculine" qu'il était venu présenter sur le plateau de TV5MONDE en décembre 2009.  

La domination masculine, bande annonce

"Tout ça n'est pas un hasard" affirme Patric Jean, "quand j'ai infiltré les mouvements masculinistes québécois, ils m'ont expliqué, en détails, comment ils communiquaient au quotidien avec leurs homologues français pour les pousser à organiser ce genre d'actions, donc je les attendais depuis un bout de temps". Le réalisateur féministe voit d'ailleurs dans l'escalade des grues nantaises la signature des "Fathers for justice" (Pères pour la justice).

L'escalade de Serge Charnay rappelle en effet celle d'un militant canadien des "Fathers for justice", en 2005, qui s'était enchaîné à un pont à Québec  pour sensibiliser l'opinion à la cause des pères séparés de leurs enfants. "Ils sont un peu mon modèle (...), j'aime beaucoup ce qu'ils font" a d'ailleurs déclaré Serge Charnay à l'AFP, même s'il assure ne pas avoir été inspiré par l'exemple du pont.    

Selon Patric Jean, les masculinistes ont un discours bien rodé, "ils m'ont expliqué très clairement que la question des pères n'est pas du tout au centre de leur combat. C'est une vitrine socialement acceptable, parce que tout le monde trouve ça mignon, on a l'impression que ce sont des gentils papas et ça fait pleurer dans les chaumières. Mais ça n'est qu'une vitrine, pour cacher leur idéologie, il y a ça, et le syndrome d'aliénation parentale".
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Patric Jean sur le plateau de TV5 MONDE

Le syndrome d'aliénation parentale (SAP)

"Nous souhaiterions que ce syndrome soit reconnu, explique le président de SOS papa Fabrice Mejias, simplement pour pouvoir mettre un nom sur ce phénomène", car "même si ça n'est pas reconnu, tout le monde voit à peu près ce que c'est. (.../...) Petit à petit, c'est l'enfant qui finit par devenir l'instrument du parent hébergent, c'est l'enfant qui ne veut plus aller voir son père, forcément avec tout ce qu'il a entendu sur son père..."

Pour le président de SOS papa, "la reconnaissance du syndrome d'aliénation parentale pourrait surtout éviter les éloignements du père, et la mise sur trottoir du papa, parce que l'aliénation parentale ce n'est pas une bonne chose pour l'enfant, c'est le couper d'une partie de sa filiation, c'est faire disparaître son père et toute la famille de son père"

Ainsi décrit, il s'agirait donc d'un syndrome dont ne seraient victimes que les pères. Mais ce qu'il faut surtout retenir de ce syndrome c'est qu'officiellement, il n'existe pas : aucune institution ne l'a jamais reconnu, et en novembre 2012, le comité de publication du DSM 5 (répertoire des pathologies mentales) l'a encore refusé. 

Ce concept a d'ailleurs des origines particulièrement troubles puisqu'il a été théorisé par un psychiatre américain identifié comme pro-pédophile, Richard Gardner, qui soutient que les activités sexuelles entre les adultes et les enfants faisaient "partie du répertoire naturel de l'activité sexuelle humaine".

"Le syndrome d'aliénation parentale fonctionne bien ! déplore Patric Jean, il y a des décisions de justice aujourd'hui qui sont rendues au nom de ce SAP, ce qui est aberrant ! C'est uniquement un concept masculiniste." Même constat de la part de Carole Lapanouse, la présidente de l'association SOS les mamans"C'est un petit concept personnel qui ne vise que les mères ? Ca n'existe qu'en terme d'outil pour pouvoir gagner une procédure avec un argumentaire qui revient à dire : 'l'enfant n'a pas la parole puisque sa parole n'est pas libre', et ça c'est terriblement grave. On a des cas affreux de femmes qui sont obligées de remettre l'enfant à leur agresseur, malgré les plaintes, malgré les violences avec incapacité totale de travail (ITT), de la pédo-criminalité, des constats de fissures anales sur les enfants, il y a des décisions ignobles de justice qui utilisent ces outils".

Carole Lapanouse a décidément du mal à considérer SOS papa comme une association féministe, "Moi, je les trouverai féministes quand ils demanderont de ne plus avoir le droit d'hébergement à partir du moment ou ils ont agressé quelqu'un. Imaginez, vous êtes agressée par votre voisin, et on vous dit que trois semaines plus tard, vos enfants seront sous la responsabilité de votre agresseur ? Mais qui accepte de laisser ses enfants à un agresseur, fussent-ils ses enfants à lui aussi ? Qui a le droit de demander ça à une personne? Ca se passe tous les jours en France, et bien sur ailleurs."

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