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Les Indiennes sont aussi maltraitées par l'économie

À la rencontre de battantes
La chronique de Lysiane J. Baudu

Les Indiennes sont aussi maltraitées par l'économie
Si elles ont à se battre contre les archaïsmes d'une société machiste et violente envers les femmes, comme l'a montré le viol et la mort d'une jeune étudiante en décembre 2012, les Indiennes ont aussi toujours du mal à accéder à l'éducation et au marché de l'emploi. Leur meilleure intégration à l'économie permettrait pourtant à la plus grande démocratie du monde d'afficher un taux de croissance nettement plus élevé.
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Jeunes filles porteuses d'eau en Inde - Wikicommons
03.01.2013Par Lysiane Baudu"La marée montante soulève tous les bateaux”, a-t-on coutume de dire. Si l'on se fie à cet adage, les femmes, dans une Asie en pleine croissance, devraient surfer sur la vague et acquérir une nouvelle place dans l'économie. Mieux, le phénomène devrait leur permettre de profiter d'un pouvoir accru dans la société. Les derniers événements en Inde, avec le viol, puis le décès d'une jeune étudiante, sont là pour rappeler que les femmes, en particulier dans ce pays, sont loin de toucher les dividendes du développement.

Certes, les Indiennes ont fait une percée dans les conseils des village : de 5% il y a 10 ans, leur représentation est passée à 40%, grâce à un dispositif favorisant leur participation. Mais elles ne sont que 11% à siéger au Parlement, alors que la moyenne mondiale se situe à quelque 20%. En comparaison, quelque 22% des députées, en Chine, sont des femmes.

Au delà de cette sous-représentation en politique nationale, c'est au point de vue économique que la situation des femmes indiennes est la plus préoccupante. Dans le classement établi par le Forum économique mondial sur les conditions de vie des femmes dans le monde, qui note leur représentation en politique, mais aussi leur accès à l'éducation, à l'emploi ou encore le fossé salarial entre les deux sexes, l'Inde arrive bonne dernière parmi les autres grands pays émergents (Brésil, Russie et Chine). Et sur l'ensemble des 135 pays étudiés par le Forum, l'Inde se classe à la 105ème place, tandis que parmi les pays de la région, la Chine est 69ème et le Bengladesh, 86ème. Seul le Pakistan est derrière l'Inde, à la 134ème place. De même, en Asie, les Indiennes sont parmi celles qui participent le moins au marché du travail, avec un taux de 35%, tandis que la Chine est en tête, à 74%. Là encore, le Bengladesh est devant l'Inde, avec un pourcentage de 62%. Le Pakistan fait moins bien, avec un taux de 22%. Enfin, les données les plus récentes concernant le taux d'alphabétisation offrent un constat identique : si 82% des Indiens de plus de 15 ans savent lire et écrire, le pourcentage de femmes n'est que de 65,5%, contre 67,6% au Bengaldesh.

L'éducation, la clé de toute émancipation

Difficile, sans un minimum d'éducation, d'accéder à un emploi. De plus, si elles réussissent à entrer dans le monde du travail, près de la moitié des jeunes Indiennes en sortent après quelques années seulement - sous la pression de la famille ou de la société... Certains secteurs, telle que la banque, accueillent certes de plus en plus de femmes, au point d'afficher quelques présidentes, mais ce domaine reste une exception. Les femmes cadres ou managers ne sont que 5% en Inde, contre une moyenne mondiale à 20%. Et leur salaire est largement inférieur à celui des hommes. Elles ne reçoivent ainsi que 62% du salaire masculin, contre une moyenne mondiale de l'ordre de 80%.

Le bon calcul de la croissance

Cette situation est évidemment pénalisante pour les Indiennes, mais elle l'est aussi pour la société dans son ensemble. Selon les calculs des Nations Unies, le taux de croissance de l'économie indienne se situerait à plus de 4% au dessus de sa performance actuelle si les femmes participaient davantage à la vie économique du pays. Autrement dit, au lieu d'afficher une croissance à 5,6% sur 2012, selon les dernières prévisions, la plus grande démocratie du monde aurait un taux de près de 10% ! Le gouvernement dit se préoccuper de ce "manque à gagner”. Pourquoi, en effet, négliger un pan entier de la population, soit 385 millions de femmes de moins de 35 ans qui pourraient contribuer à la croissance ?

Tandis que certaines multinationales ont pris l'initiative d'instituer des quotas pour les petites entreprises dirigées par des femmes dans leur éventail de fournisseurs, le gouvernement met en place, timidement, des dispositifs pour favoriser l'accès des femmes à l'éducation et à l'emploi, en particulier dans les campagnes. Réussira-t-il à améliorer un jour le sort des femmes ? On ne peut que le souhaiter.

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.

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