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Jean Quatremer

Le Bar de l'Europe

Emission du
Dimanche 14 Mai 2017

Jean Quatremer

Jean Quatremer, bouillant et inclassable correspondant à Bruxelles du quotidien français "Libération", vient de publier "Les Salauds de l'Europe"... Mais les "salauds" ne sont peut-être pas ceux que l'on pense...

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    MENU DE LA SEMAINE

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    Au menu cette semaine, des langues de chat...


    Notre invité n'a pas sa langue dans sa poche. Cela se constate encore dans son dernier livre, intitulé Les salauds de l’Europe. Il comporte un sous-titre : Guide à l'usage des eurosceptiques...

    LA QUESTION SURPRISE

    Zoom:LA QUESTION SURPRISE
    Notre invité a tiré une boule rouge et est tombé sur la question suivante :

    - La différence entre un Belge et un Français ?
     
    Voici d'autres questions iconoclastes auxquelles il a échappé :

    - Pourriez-vous écrire pour Le Figaro ?
    - Le Pen ou Mélenchon : qui est le pire ?

    BREVES DE COMPTOIR

    "S'il y a des eurosceptiques et des europhobes, c'est qu'il y a des raisons. Ce sont ces raisons que j'essaie d'identifier."

    "Si l'Europe est mal foutue, c'est parce que c'est un compromis entre vingt-huit états membres."

    "L'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, c'est l'Europe voulue par les États et, donc, par les gouvernements."

    POUR ALLER PLUS LOIN...

    À quoi ressemblera l'Europe en 2057 ?

    La signature du Traité de Rome
    Par Margot FellmannNous sommes en 2057. Il y a un siècle, alors que la guerre n’était pas si lointaine, quelques hommes et femmes se lançaient dans un projet utopique mais nécessaire, un grand projet européen. 1957 marquait ainsi la signature du Traité de Rome. Les livres d’histoire nous parlent ensuite de l’amitié franco-allemande, de la chute du mur de Berlin, de la crise financière grecque, de la crise des migrants et de 2016, année historique où l’Union entrait en déclin, avec comme élément déclencheur le Brexit. Depuis, 41 années se sont encore écoulées. Nous sommes donc en 2057, et rien ne s’est passé comme prévu. L’Union européenne n’existe plus.

    Un regard en arrière, pour contempler un siècle de construction européenne, avec ses hauts et ses bas. Les commémorations de 2057 ont un goût amer : celui laissé par l'échec de n’avoir pas su rassembler tout un continent autour d’un même idéal. À Bruxelles, devant ce que fut le Parlement européen, quelques centaines de personnes se sont réunies, cocarde bleue étoilée fièrement attachée à la veste. Ils chantent l’hymne européen tandis que les passants ricanent de ces europhiles nostalgiques.

    Les souvenirs douloureux de la chute de l’ex-UE remontent. En 2016, le Royaume Uni a ouvert une brèche qui d’année en année s’est faite plus béante. Cinq ans plus tard, la Première ministre Theresa May, réélue sans difficulté, a annoncé que le pays était sorti renforcé du divorce avec l’Union. Rongés par l’euroscepticisme et des conflits sociaux incurables, et rassurés par le succès du Brexit, plusieurs pays ont eux aussi choisi de quitter l’Union. Tour à tour, l’Autriche, puis la Grèce et enfin Chypre sont partis construire leur route seuls.

    Quelques mois après le Brexit, c’est le couple franco-allemand qui connaît une passe difficile, dont il ne se remettra finalement jamais. La France a embarqué pour une décennie avec l'extrême droite de Marine Le Pen, et l’Allemagne avec le parti socialiste de Martin Schulz. Alors, l’Union européenne, fragilisée par la vague de défections et la rupture de l’amitié franco-allemande prend une décision : réviser les traités européens pour mieux coller aux nouvelles réalités de cette Europe délabrée. En vain.

    Pour ne pas entrer dans une nouvelle crise économique majeure, les dirigeants européens se mettent à la table des négociations. Une dizaine d’années plus tard s’est finalement tenu le referendum qui a tout changé. Sur les 24 pays qui composent alors l’Union, seuls cinq affirment avec conviction vouloir toujours faire partie du projet européen. Las des discussions et agacés d’en être sans cesse écartés, les citoyens européens refusent de laisser l’Union décider pour eux plus longtemps. Devant cette sentence sans appel, le Conseil européen s’est réuni une dernière fois en avril 2037 pour lancer le début de la fin de l’Union. Persuadés que ce n’est plus l’Union qui fait la force, et que l’avenir s’écrira avec la Chine, l’Inde ou le Brésil, les membres se disloquent.

    Aujourd’hui, quelques traces de l’Union subsistent : la zone euro par exemple. Quelques pays ont choisi de garder la monnaie européenne qui a fêté ses 50 ans en 2049. Mais devant les difficultés à maintenir une souveraineté économique commune, sa pérennité est incertaine. L’espace Schengen, lui non plus, ne disparaitra jamais complètement. Les frontaliers belges et français, entre autres, se sont farouchement opposés à la réinstauration des postes frontières. Les gouvernements, pas si mécontents de faire des économies, ont cédé.

    Si le bilan semble bien sombre, les commémorations sont cependant aussi teintées de fierté : celle d’être le seul continent à n’avoir pas connu de guerre sur son territoire durant le siècle écoulé. La paix rassembleuse est en effet la plus belle réussite de l’Union. Car s’ils ont bel et bien acté le divorce, les membres de l’ex-UE n’en restent pas moins des voisins amis. Les livres d’histoire nous rappellent que si l’Union européenne n’a pas su atteindre les sommets, elle a tout de même tissé des liens solides entre les peuples. N’en déplaise aux europhobes victorieux.

    CARTE D'IDENTITE

    * Journaliste inclassable
    * Correspondant à Bruxelles de Libération
    * Créateur du blog "Coulisses de Bruxelles"
    * Né à Nancy (France)

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