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Alexis Deswaef

Le Bar de l'Europe

Emission du
Dimanche 24 Mai 2015

Alexis Deswaef

Alexis Deswaef est le Président de la Ligue des droits de l'Homme en Belgique. Il est très inquiet du manque d'engagement de l'Europe pour régler le problème des migrants.

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Au menu cette semaine, un avocat…


Notre invité se fait l'avocat des migrants qui, actuellement, affluent en Italie et en Grèce. Il ne mâche pas ses mots par rapport à la dernière réunion des chefs d'État et de gouvernement. Il a déclaré : "C'est un rassemblement d'égoïstes". Il ne fait pas dans la diplomatie...

LA QUESTION SURPRISE

Zoom:LA QUESTION SURPRISE
Notre invité a tiré une boule jaune et est tombé sur la question suivante : 

Dans une société laïque il vaut mieux porter une jupe trop courte que trop longue ?


Voici d'autres questions iconoclastes auxquelles il a échappé :

- Qui souffre le plus de discriminations : les femmes, les homosexuels ou les immigrés ? 
- Si vous deviez parier : un état palestinien en 2015, 2020 ou 2050 ?

BREVES DE COMPTOIR

"La Méditerranée est en train de devenir une fosse commune et l'Europe devait réagir de manière forte parce que c'est également une conséquence de sa politique migratoire."

"L'Europe, c'est comme un éléphant face à des fourmis qui arrivent. On en retient quelques-unes, on en retient même pas mal, on en écrase beaucoup, et puis il y en a quand même toujours qui vont passer."

"Un jour nos enfants ou nos petits-enfants nous jugeront pour cette politique migratoire, où le migrant est vu comme un criminel."

Pour aller plus loin...

Zoom:Pour aller plus loin...
(cc/Wikimedia/Diliff)

Les visages de l’Europe anti-immigration

24.05.2015Matthieu Agosta
Alors que le Parlement européen se penche sur le cas de la répartition des migrants au sein pays de l’Union, les députés doivent composer avec ceux qui affichent une position anti-immigration. Ils sont issus de formations et de pays différents : le FN en France, UKIP en Angleterre, la Ligue du Nord en Italie, Aube Dorée en Grèce… Le succès de ces partis s’explique parfois pour des raisons très différentes, et certaines de ces formations sont jugées plus fréquentables que d’autres. Mais ces mouvements politiques ont en commun trois ennemis : l’immigration, l’islam et l’Europe.

L’offensive des « clowns »

On les surnommait les « clowns ». Aujourd’hui, tout le monde les prend au sérieux. Le 7 mai 2015, UKIP (United Kingdom Independance Party) obtenait 12 % des suffrages aux législatives britanniques, un résultat historique et trois fois plus élevé qu’en 2010, mais en-deçà des espérances suscitées par le carton réalisé aux élections européennes en mai 2014 (27,5 % des voix, 23 sièges).

Sous l’impulsion de l’ancien trader Nigel Farage, UKIP s’est imposé comme l’un des plus influents partis populistes d’Europe. Le parti eurosceptique surfe sur la peur liée à la montée du radicalisme religieux. Après les attentats de Charlie Hebdo, Nigel Farage parlait de l’islam en évoquant la présence d’une « 5e colonne », « il y a des gens qui vivent dans notre pays, et qui nous détestent ».

Pour UKIP, lutter contre l’extrémisme religieux, c’est lutter contre l’immigration. Ses leaders voudraient faire descendre sous la barre des 50 000 les entrées annuelles d’étrangers sur le territoire anglais (contre plus de 60 0000 aujourd’hui). Pour enrayer ce qu’il appelle « l’immigration incontrôlable », le parti populiste préconise une sortie de l’Union européenne. Sortie indispensable selon lui pour retrouver la « pleine maîtrise des frontières » et pour pouvoir réguler l’arrivée des citoyens européens qui bénéficient du principe de la « liberté de mouvement » dans les territoires de l’UE.

Troisième force politique britannique aujourd’hui, le vote de UKIP, avec un siège obtenu au Parlement, ne pèsera pas lourd au Royaume-Uni. Il aura au moins eu le mérite de peser dans les débats électoraux, forçant le Premier ministre, David Cameron, à axer sa campagne sur les sujets de l’immigration et de la sortie de l’UE pour récupérer les électeurs du parti populiste. Un référendum sera organisé d’ici à 2017.

Front National : « Couper les pompes aspirantes de l’immigration »

La sortie de l’UE, Marine Le Pen en rêve. Son parti, le Front National, est en passe de devenir incontournable en France. À son palmarès, une victoire aux élections européennes et une deuxième place, derrière l’UMP et devant le Parti socialiste, aux départementales de mars 2015, avec à chaque fois au moins 25 % des voix. Ses thématiques favorites : l’islamisation de l’Europe, l’immigration et les dangers de la mondialisation. Alors que la Méditerranée devient un cimetière à migrants, Marine Le Pen juge l’Europe trop attractive et propose de couper « toutes les pompes aspirantes de l’immigration clandestine », en réservant par exemple la gratuité de l’école et des soins uniquement aux citoyens européens. C’est le principe de la « préférence nationale », cher aux partis d’extrême-droite du vieux continent. La présidente promet également de réduire l’immigration de 200 000 à 10 000 entrées par an.

Farage boycotte Le Pen

Aussi europhobe que UKIP, Marine Le Pen n’est pourtant pas parvenue à former une alliance avec les populistes britanniques au Parlement européen. Nigel Farage a refusé. Il a préféré s’allier à l’eurosceptique Beppe Grillo et à son Mouvement cinq étoiles (17 sièges), ou au parti d’extrême-droite des Démocrates suédois. Avec trois autres groupes et une dissidente du Front National, ils forment l’alliance Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe (EFDD).

Car l’image du Front National est encore sulfureuse pour nombre de ses voisins. La faute à son ex-président, Jean-Marie Le Pen, 86 ans. Agressif, celui qui réduisait les chambres à gaz à un « détail » fait l’objet d’une procédure d’exclusion au sein d’un Front National prêt à se débarrasser de son patron historique pour conquérir le pouvoir. Mais aujourd'hui, le père du Front National et de Marine Le Pen est toujours président d’honneur du parti. 

Autre divergence, le programme économique. S’ils accusent chacun l’immigration et l’Europe de tous les maux, le Front National et UKIP diffèrent sur de nombreux points. Sur le plan fiscal, le programme de Nigel Farage est libéral, celui de Marine Le Pen peut sembler l’être moins. Exemple : quand le Britannique souhaite baisser l’impôt sur les hauts revenus, la Française veut les augmenter.

Ligue du Nord : entre racisme et renaissance

Faute d’être parvenue à créer un parti européen, Marine Le Pen s’est quand même trouvée des alliés, influents dans leur pays, pas forcément plus fréquentables. Une entente a été trouvée avec les populistes du Parti de la liberté d’Autriche (FPO), ainsi que le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders, qui promettait « moins de Marocains » aux Néerlandais. La Ligue du Nord italienne est aussi de la partie.

Alors qu'il est en quête d’une image « propre », l’accord du Front National avec les Italiens de la Ligue du Nord a de quoi surprendre. Crédités de seulement 4,3 % aux dernières législatives, et de 6,2 % aux élections européennes (cinq sièges), ses membres font régulièrement les titres des journaux italiens pour des dérapages racistes. L’ex-ministre de l’immigration, Cécile Kyenge, d’origine congolaise, en a fait les frais. La première ministre noire en Italie avait notamment été comparée à un « orang-outang » par Roberto Calderoli, vice-président du Sénat.

Autre spécificité du parti, il réclame la scission de l’Italie en deux, avec un Nord très développé économiquement, et un Sud, plus agricole. 

Mais ce choix d’alliance pourrait s’avérer payant. Sous l’impulsion du quadragénaire Matteo Salvini, arrivé en 2013, la Ligue abandonne progressivement ses revendications indépendantistes au profit d’une guerre déclarée à l’Europe. Matteo Salvini ne mâche pas ses mots : « Bruxelles nous massacre avec l’euro » a t-il déclaré avant de s’en prendre à l’immigration, « une invasion planifiée ». Des attaques répétées qui portent leurs fruits en contexte de crise et d’arrivée massive de migrants sur les côtes italiennes. Matteo Salvini jouit de 30 % d’opinions favorables, ce qui le place juste derrière l’autre Matteo, le Premier ministre Renzi, comme politique italien le plus populaire. La Ligue du Nord est aujourd'hui à 12 % dans les sondages. 

Avec plus 70 parlementaires, l’Europe anti-immigration a un visage, ou plutôt des visages, nombreux et variés. Si variés qu’ils n’arrivent pas à s’allier. Seul UKIP, associé à des partis europhobes mais moins extrémistes comme le Mouvement cinq étoiles, a pu créer un groupe européen, l’EFDD. 

CARTE D'IDENTITE

Alexis Deswaef

* Président de la Ligue des droits de l'Homme (Belgique)
* Avocat
* Né à Ostende (Belgique)
Et en partenariat avec La Libre Belgique.
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