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Cécile Kyenge

Le Bar de l'Europe

Emission du
Dimanche 5 Octobre 2014

Cécile Kyenge

L'eurodéputée Cécile Kyenge avait fait couler beaucoup d'encre quand elle était ministre de l'intégration en Italie. Elle avait été l'objet de multiples attaques racistes. Et un sénateur qui l'avait comparée à un orang-outan accuse maintenant sa famille de l'avoir marabouté...

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    MENU DE LA SEMAINE

    Zoom:MENU DE LA SEMAINE
    Au menu cette semaine, des pâtes...


    Notre invitée est une bonne pâte : malgré les pires attaques racistes, elle est restée stoïque... Mais, au final, cela n'a-t-il pas contribué à la rendre célèbre, et à créer un mouvement de solidarité internationale ?

    LA QUESTION SURPRISE

    Zoom:LA QUESTION SURPRISE
    Notre invitée a tiré une boule rouge, et est tombée sur la question suivante :

    Femme, noire, migrante : pas marre des étiquettes ?

    Voici quelques autres questions iconoclastes auxquelles elle a échappé :

    - Spaghetti bolognaise ou moambe ?
    - On vous appelle Cécile ou Kashetu ?

    BREVES DE COMPTOIR

    "Je suis devenue, dans l'imagination de beaucoup de personnes, le symbole qu'il faut détruire."

    "Quand elles ne connaissent pas les traditions, les cultures et les coutumes d'un pays (...), certaines personnes y voient, toujours, des menaces et quelque chose de négatif."

    "L'immigration, ce n'est pas un danger. C'est un phénomène naturel."

    Pour aller plus loin... "L’affaire Cécile Kyenge"

    Cécile Kyenge, alors ministre de l'Intégration, lors d'une conférence de presse (photo AFP)

    05.10.2014Augustin Lippens
    Hier ancienne clandestine, aujourd’hui eurodéputée, Cécile Kyenge est une héroïne des temps modernes. Revenons ensemble sur son parcours atypique.

    "Guenon", "face nègre", "zouloue", "ministre bonga bonga". Ce langage "Haddockien" pourrait laisser croire à une farce. Un côté iconoclaste déclamé par un capitaine ivrogne. Quant au destinataire de ces mots, on l’imagine sur les pages d’un album de Tintin. Pourtant, c’est Cécile Kyenge, ancienne ministre italienne qui est la cible de ce genre d’attaques racistes. Et si nous ne sommes pas dans une bande dessinée, force est de constater que la vie de cette nouvelle eurodéputée socialiste est pleine de péripéties. De quoi faire pâlir le plus fameux des reporters.

    Née au "Congo" en 1964 d’un père polygame, Cécile Kyenge a 37 frères et sœurs. La jeune fille est intelligente et obstinée. Elle souhaite s’extraire de son milieu modeste par le travail. En 1983, elle décide de rejoindre l’Italie pour y suivre des études supérieures. Elle débute ainsi la médecine et vit de petits boulots. Mais après quelques années, "patatras" : son visa d’étudiante n’est plus valable. Celle qui sera plus tard ministre de la "Repubblica" se retrouve alors clandestine. S’ensuit une période difficile. Un moment de lutte et d’inquiétude pour rester sur le territoire. 

    Un ministère taillé pour elle

    Ce n’est qu’en 1995, à la suite de son mariage avec un ingénieur, qu’elle obtiendra finalement la nationalité italienne. Soit 12 ans après son arrivée dans "la botte". Son passeport en poche, cette mère de deux enfants se lance alors en politique dans les années 2000. Rapidement députée, elle entre en 2013 au gouvernement socialiste d’Enrico Letta. Avec un ministère taillé pour elle : celui de l’Intégration. Véritable parangon de cette problématique, qu’elle porte dans son cœur et sur sa peau ébène, Cécile Kyenge fait rapidement l’expérience amère de sa condition. Et se fait "casser les oreilles". Traitée tour à tour d’incompétente, d’étrangère, de singe, la ministre ne faiblit pourtant pas. Elle peut d’ailleurs compter sur le soutien d’une frange importante de la population (inter)nationale. Prônant une politique d’ouverture, et luttant en faveur des clandestins, la ministre s’oppose au "coke en stock" moderne. Elle souhaite aussi favoriser l’accueil des immigrés, et introduire un peu de joie et d’espérance sur "l’île noire" de Lampedusa.

    Tout cela lui vaudra les foudres du parti populiste de la Ligue du Nord. Intimidations et déclarations outrageantes ont pour but de la faire démissionner. Comme ces lancements de bananes auxquels elle a fréquemment droit. Mais Kyenge résiste. "Caramba, encore raté", fulminent de leur côté les extrémistes. Mise sous protection rapprochée, raillée pour son accent francophone, rien ne lui est épargné. Véritable tête de gondole en Italie et en Europe, Kyenge n’en reste pas moins un personnage clivant. Est-ce pour cela que le très populaire Matteo Renzi ne la reprend pas dans son gouvernement ? En tout cas, "l’étoile mystérieuse" de la politique italienne disparaît des radars nationaux. Son ministère aussi. Mais les élections européennes arrivent. L’occasion de se relancer. C’est "objectif mandat" pour Kyenge qui, à l’instar de son parti, le Partito Democratico, réalise un score exceptionnel. Fort de ce nouveau poste, elle prend donc les "vols 714 et 715 pour Bruxelles et Strasbourg". Pour y faire quoi ? Rejoindre la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures.

    En parallèle, l’eurodéputée doit faire face aux accusations d’un "hurluberlu", le sénateur Roberto Calderoli, qui prétend avoir été marabouté par son père. Telle "la malédiction de Rascar Capac", il semblerait que Calderoli, qui avait profané l’image de Kyenge par des insultes, soit aujourd’hui en proie à des événements tragiques… 
    Jusqu’à présent, la personnalité et la couleur de Cécile Kyenge auront toujours été plus mises en avant que ses idées. Véritable catalyseur des ignominies racistes, elle est aujourd’hui plus connue pour sa placidité que pour son action politique. Dommage. "Je dirais même plus"...

    CARTE D'IDENTITE

    * Députée européenne (groupe socialiste)
    * Ex-ministre italienne de l'Intégration
    * Médecin ophtalmologue
    * Ex-clandestine
    * Née à Kambove (RDC)
    Et en partenariat avec La Libre Belgique.
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