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Joël Rubinfeld

Le Bar de l'Europe

Emission du
Dimanche 22 Juin 2014

Joël Rubinfeld

Joël Rubinfeld est Président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme. La tuerie au Musée juif de Bruxelles était-elle prévisible ? Y a-t-il une montée de l'antisémitisme en Europe ? Et comment réagir à l'arrivée de partis d'extrême-droite, parfois clairement néo-nazis, au Parlement européen ?

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    MENU DE LA SEMAINE

    Au menu cette semaine, de la crème légère...



    La légèreté, c'est sans doute ce qu'a perdu la communauté juive de Belgique ces dernières semaines, après la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Quatre personnes y ont laissé la vie. Selon notre invité, cela devait arriver... Qu'entend-il par là ?

    LA QUESTION VIDEO

    La question de la semaine est posée par Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre pour l'égalité des chances.

    "Il est demandé à chaque Etat d'adopter un plan d'action de lutte contre le racisme, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée. En Belgique, le Centre plaide pour que les autorités fédérales et des communautés de région adoptent un tel plan. Je voudrais savoir, quels seraient selon vous, fondateur de la Ligue belge contre l'antisémitisme, les axes principaux qu'un tel plan devrait comporter au niveau national, que ce soit en Belgique ou dans les autres pays européens ?"

    BREVES DE COMPTOIR

    A propos de la tuerie au Musée juif de Bruxelles : "C'était prévisible, parce que cela fait une quinzaine d'années que la situation se dégrade. Si l'on adopte une perspective historique sur les choses, on sait que le passage à l'acte est toujours précédé de la libération de la parole."

    "Il est temps qu'en Belgique et dans d'autres pays, la lutte contre l'antisémitisme devienne une cause nationale."

    "Les antisémites commencent avec les Juifs... mais ils ne terminent jamais avec les Juifs. Ils s'en prennent ensuite à d'autres catégories de personnes."

    PRECISION

    Joël Rubinfeld fait allusion à l'affaire Mohammed al-Durah, du nom de ce jeune Palestinien de 12 ans tué au cours de la seconde intifada en septembre 2000. Les images diffusées dans un reportage de Charles Enderlin sur France 2 ont fait le tour du monde et ont suscité une polémique et un combat judiciaire. Le reportage indique que le garçon à été tué par des tirs provenant des positions israéliennes, ce qu'Israël conteste.

    Pour rappel, la Cour d'Appel de Paris a donné raison en juin 2013 à Charles Enderlin contre Philippe Karsenty, homme politique et fondateur du site Media-Ratings, qui accusait le journaliste de manipulation dans son montage.

    Pour poursuivre la réflexion...

    Trois questions à Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem

    Propos recueillis par Bénédicte Weiss

    Quatorze ans après la mort de Mohammed al-Durah, l'affaire est toujours aussi sensible. Comment l'expliquez-vous ?

    Elle est surtout sensible pour certaines personnes. Parce que dans l'ensemble, les populations l'ont pratiquement oubliée. En Cisjordanie, plus personne ne parle de l'histoire du petit Mohammed. Il y a un certain nombre de personnes qui sont, visiblement, bloquées là-dessus et qui tentent d'expliquer par cet événement la situation actuelle, qui est totalement différente par rapport à celle qui prévalait en septembre-octobre 2000. Aujourd'hui, par exemple, l'antisémitisme, comme d'ailleurs la situation sur le terrain du conflit israélo-palestinien, sont totalement différents. On ne peut pas les comparer. On ne peut pas ramener un incident qui a eu lieu le 30 spetembre 2000 pour expliquer, par exemple, l'attentat commis par un islamiste français venu de Syrie contre le musée juif de Bruxelles. 


    Mais cet événement ne peut-il pas être un élément parmi d'autres qui aurait nourri un antisémitisme menant, par exemple, à cet attentat ?

    Je ne le pense pas. D'ailleurs, le bilan de la seconde intifada est de plus de 5000 morts palestiniens, parmi lesquels 1000 enfants ou adolescents. Côté israélien, 1000 personnes, militaires et civiles, ont été tuées, et un peu plus d'une centaine d'enfants dans des attentats-suicides. Le conflit n'a pas démarré avec la mort de Mohammed al-Durah mais parce qu'il y avait, tout simplement, une situation de blocage absolu. La population palestinienne était sur le point de se soulever et, même si effectivement cette image du petit Mohammed est devenue une image symbole, cela n'a rien à voir avec la poursuite de l'intifada al-Aqsa, de la répression et de tous les événements qu'il y a eu par la suite. Je ne suis absolument pas d'accord avec les accusations qui ont été lancées, selon lesquelles il s'agirait d'une mise en scène. De ce point de vue, nous avons gagné jusqu'à présent tous les procès. Nous sommes d'ailleurs toujours en procédure avec certains ministères israéliens qui avaient publié un rapport l'année dernière, curieusement quelques semaines avant la publication d'un arrêt d'une Cour d'appel à Paris qui nous était favorable. Je pense que cela n'a absolument rien à voir avec la situation actuelle ! D'ailleurs, l'antisémitisme des islamistes n'a pas débuté avec l'affaire du petit Mohammed. Cela existait bien avant au Hamas, chez les Frères musulmans, au sein d'al-Qaida. Aujourd'hui, il y a des milliers de morts en Irak, commis par des islamistes qui n'ont rien à voir avec les Palestiniens, ni bien entendu l'affaire Mohammed al-Durah.


    En Europe, l'antisémitisme semble de plus de plus prégnant. Existe-t-il le même sentiment en Israël ?

    Il y a une communication officielle israélienne qui pense que depuis la Shoah et avant, même depuis l'affaire Dreyfus, il y a un antisémitisme latent. Cela a toujours été le cas. Je suis originaire de France, et quand j'étais écolier puis lycéen dans l'Est de la France, oui, j'ai eu des histoires avec des gosses qui m'ont dit "sale juif". A l'époque, il y a eu des incidents qui, s'ils avaient lieu aujourd'hui, je crois que le ministre français de l'Intérieur enverrait une escouade de CRS pour garder la synagogue sur laquelle, à Nancy, des gosses envoyaient des pierres pendant le jeûne de Kippour. Simplement, à l'époque personne n'en parlait. Il y a probablement, en raison du développement de l'islam radical, un antijudaïsme qui existe. La charte des Frères musulmans qui date du début du siècle dernier est antichrétienne et antijuive. Les islamistes, aujourd'hui proches d'al-Qaida, exécutent tous ceux qui ne sont pas dans leur vision du califat, y compris les musulmans qu'ils considèrent comme athées, sans parler des chrétiens. Et on est très très loin de l'histoire de Mohammed al-Durah. 

    CARTE D'IDENTITE

    * Président de la Ligue belge contre l'antisémitisme
    * Co-président du Parlement juif européen
    * Né à Bruxelles (Belgique)
    Et en partenariat avec La Libre Belgique.
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