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#35 H-BURNS

Franche connexion

Emission du
Mercredi 30 Septembre 2015

#35 H-BURNS

Quittant plus encore les terres folk qui l'ont fait connaître, Renaud Brustlein s'aventure sur les sentiers du rock et parfois même de la pop. Parti en Californie pour enregistrer son nouveau disque, il y arpente les rues, les ambiances et l'âme de Los Angeles dont il essaie de forcer le vernis et atteindre les fêlures qui ondoient sous la peau, sous la terre.

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  • L'ENTRETIEN

    L'ENTRETIEN

  • MUSIQUE :   Nowhere to run

    MUSIQUE : “ Nowhere to run “

  • MUSIQUE :   Night moves

    MUSIQUE : “ Night moves “

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30.09.2015Denis Verloes
La France est une terre de traditions. Cette assertion sent bon le moisi quand elle est énoncée par un sous-politicien en quête de clics sur les réseaux sociaux. Elle se traduit pourtant en musique par une évidence critique.  


Ce pays a beaucoup de mal à se soustraire à ses habitudes: pour preuve la variété est à la fois une exception culturelle française et le seul genre musical qui continue à obtenir décennie après décennie un soutien populaire de masse. Et il semble ne pouvoir n'y avoir  de "Nouveautés" pour trentenaires validées dans les supermarchés musicaux de l'hexagone que tant qu'elles arrivent à entrer dans une case fourre-tout un temps appelée "La Nouvelle chanson française". Cette dénomination qui n'en finit pas de produire chaque année son rejeton aux colorations une fois sixties, une fois eighties, une fois Florence et ses reines ....  


Pourtant, il existe aussi en France comme ailleurs, des musiciens biberonnés de culture anglo-saxonne. Une autre culture des Français en somme. Des Drômois par exemple, qui à l'instar de Renaud Brustlein, l'auteur derrière le patronyme H-Burns, ont sans doute plus écouté Johnny Cash, Neutral Milk Hôtel, Dire Straits, Elliot Smith, Chris Isaak, Mogwaï ou Godspeed you black emperor que Gainsbourg et même Dominique A.  Et qui du coup, se sentent étriqués dans le costume taillé par les médias, qui habille l'usage du chant en français. La musique de H-Burns est éprise de folk de rock des origines, de grands espaces, de coutumes. Autant d'habitudes qui se satisfont d'un style de vie et d'un style de son tels qu'on en trouve peu dans la France qui édite des albums de musique. Ou alors chez des gens comme Bertrand Belin dont Renaud Brustlein se sent proche, ou Syd Matters, groupe avec lequel il collabore d'ailleurs lors de ses tournées.  


H-Burns a beaucoup pratiqué la folk anglophone, avant de se tourner vers le rock et même la quasi pop, sur ce nouvel album; passant de la musique qu'on peut écouter en portant sa chemise de bûcheron au coin du feu dans la cabane forestière, au cuir de Fred Madison, le saxophoniste perturbé du Lost Highway de David Lynch; mais toujours un peu portés sur les jeans élimés des enfants du slacker rock des 90's 

On est effectivement loin des scies qu'on passe sur les chaînes musicales généralistes. Les morceaux de Night Moves évoquent l'Amérique de la colline Hollywoodienne, les longues avenues urbaines et cette mentalité californienne propre à Los Angeles, mélange de soleil et de loose, de surf et d'interlope où il est parti enregistrer dans le studio du local de l'étape Rob Schnapf. Une habitude d'expatriation déjà entamée avec le précédent album, enregistré chez Steve Albini à Chicago. L'Amérique de ce natif de l'Isère n'est ni celle d'opérette, chantée un jour par Joe Dassin, ni celle de carton-pâte  qui compose l'imaginaire européen, à coups de Hot rods, de deux roues vrombissant, de cow-boys et d'autoroutes qui sillonnent les canyons. 

Les Etats Unis de H-Burns, chantés dans la langue de Shakespeare, prennent ici les traits d'une ville tentaculaire sur la côte ouest. Une ville où vivent les stars et où volent les paillettes, mais aussi une ville qui cache sa misère sous le verni, comme elle cache une faille sismique sous son écorce terrestre accueillante. Le résultat est volontairement plus pop, plus arrangé que les premiers essais de Renaud Brustlein, mais toujours un peu mélancolique. A l'image de cette ville solaire un peu effrayante finalement.  


Il y a de nombreux arrangements et même des mélodies à fredonner, malgré la couleur sombre de l'ensemble dans le dernier essai de H-Burns: Night movesC'est un garçon pourtant affable quand il nous serre la main en une après-midi ensoleillé de l'été 2015 et, chez ce disquaire/bar cosy sis au centre de Paris, c'est une version taillée sur l'os, tout en retenue folk, que nous propose Renaud Brustlein de son single Nowhere to be

Une version intime et pourtant pas famélique qui prouve à qui voudrait encore en douter, que les meilleures chansons sont celles qui tiennent à la seul force d'une six cordes, qu'importe si on les orne ensuite de multiples artifices pour en enrichir l'apparence. Un moment de simplicité parisienne, comme on en jouit de peu, comme un voyage intérieur sur les rives du pacifique.

Le clip de "Nowhere to run" version album

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