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#33 BADEN BADEN

Franche connexion

Emission du
mardi 28 Avril 2015

#33 BADEN BADEN

La musique de Baden Baden a envahi la salle du musée du Quai Branly à Paris. Le son pourtant réduit à la quintessence du groupe "presque pas" amplifié, a trouvé dans le musée l’ampleur qu’il méritait. Un écrin de résonance à une musique séduisante, une Histoire pour accompagner leur petites histoires. Pour les quelques classes de passages dans les allées du musée, pour les guides en visite qui se sont arrêtés un instant, un peu de mélancolie francophone s'est évaporée en chanson. 

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28.04.2015Denis Verloes
Sur leur précédent album, Baden Baden, groupe français au nom chipé à une célèbre station balnéaire germanique, chantait en anglais et en français. Pour ce nouvel épisode, paru au début de l’année, la bande parisienne derrière le parolier Eric Javelle s’est concentrée sur le recours au français langue unique de l’album. Et ce n’est pas pour déplaire à nous autres chaîne dédiée entièrement aux mérites de la francophonie, de sa culture, de son art, contre vents et parfois cyber marées.

Mille éclairs se présente sous une couverture noire et blanc montrant des garçons dans la force de l’âge pliés sur leurs avirons. Il y a un peu de cette mélancolie quasi silencieuse du quotidien, dans ce nouvel album. Le côté invariable du temps qui passe, comme le bateau sur le lac: un côté spleenétique, de répétition. Comme dans bien d’autres albums folk (Elliot Smith, Mark Oliver Everett) ou même rock intimes (Thom Yorke, Asav Avidan pour ne citer que quelques exemples récents), cette mélancolie qui convole avec l’auditeur tout au long de mille éclairs n’a pourtant rien de plombant ou de claustrophobe. Elle n’étouffe jamais l’auditeur. 

Porté souvent par la guitare électrique, un brin assourdie, parfois très ambiante, jamais larmoyante, mille éclairs déploie sa sombre beauté sur l’ensemble de ses onze titres. L’ensemble est beau, sincère, brut, puis parfois un brin timide à l’image de ses musiciens que je découvre attentifs mais avares de parole en interview. Mille éclairs est une des pépites sans doute trop peu médiatisées de ce 2015 musical. A découvrir. 

Quand on a cherché un lieu où filmer la formation en condition live, je voulais vraiment un endroit à la douce mélancolie. Un lieu ample pour que le son s’y déroule et y résonne si possible comme sur l’album, un lieu un peu figé dans le temps, indatable. Un lieu qui inspire au romantisme littéraire. Celui grandiose de Lamartine devant le lac où passerait pourquoi pas un canot "quatre de couple” serrant ses pelles à ras de l’eau, mais aussi celui des dimanche du peintre Caillebotte à la rame le long de l’Yerres. Un romantisme de petits déplacements et de grands voyages orientaux comme à la fin de la vie de Rimbaud. Je m’emportais je sais. Bref,un truc qui ait à la fois de la lumière et du sombre, de la tristesse innée mais aussi énormément d’âme.

Grâce à la gentillesse, la remerciera-t-on assez, des équipes de communication du musée du quai Branly à Paris qui a ouvert les portes à notre petite équipe, nous avons trouvé à la fois la mixité des paysages et la mélancolie muséale. L’exotisme d’un espace d’exposition moderne et fort d’une histoire prégnante des des civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques. 
Baden Baden a envahi le lieu. Vraiment. Le son pourtant réduit à la quintessence du groupe presque pas amplifié, a trouvé dans le musée, l’ampleur qu’il méritait. Un écrin à une musique séduisante, une Histoire à leur petites histoires. Voilà que je m’emporte encore. Et dans ce lieu un peu magique aussi, au carrefour des civilisations… Un groupe concentré, timide, totalement investi par sa musique. Espérant que  vous trouverez dans cet épisode de Franche Connexion autant d’âme et de plaisir que quand il s’est agi de le réaliser.

Le clip de "j'ai plongé dans le bruit"

Langue Française - Aller au delà de l'interview

Le spleen romantique:

S'il est une thématique qui illustre plus que les autres le romantisme du 19e siècle c'est bien le Spleen. Parfois appelé mal de vivre, ou mal du siècle, c'est chez Baudelaire qui le nomme précisément, qu'il se dote de son nom et de son aura littéraire.
 
Plusieurs facteurs liés à l'époque, peuvent expliquer  la croissance du "mal être" ou du "mal de vivre" comme thématique littéraire. On songe à une génération de jeunes gens nés plusieurs décennies après la Révolution Française, qui ne se retrouve pas l'idéal de Révolution des pères, ni dans la société contemporaine. Erudits, ils ne se sentent pas non plus intégrés ou appartenir à une nouvelle classe bourgeoise, affairiste, napoléonienne.
 
Cette crise de valeurs et d'illusions peut en partie expliquer le mal être qui s'insinue dans la littérature comme un thème moteur et récurrent. L'époque ne saurait cependant résumer la richesse de cette thématique littéraire, rapidement devenue une des caractéristiques du romantisme lui-même.

Certains auteurs de l'époque s'en sont faits les chantres particuliers. On songe au poète Lamartine par exemple chez qui le Spleen prend la forme du souvenir morbide d'une jeune femme qu'il a aimé et qui est décédée. Son écriture se nourrit de cette perte qui infuse toute son oeuvre. La nature joue un grand rôle dans le spleen du poète du Lac. Elle y est décrite comme grandiose, majestueuse. Elle accentue par son omniprésence le sentiment d'abandon et de petitesse de l'auteur. Elle accentue sa solitude et l'invite à ruminer ses souvenirs.

Chez Musset par exemple, ce mal du siècle prend l'apparence de l'allégence aux amours achevées. Musset se sent comme écrasé par sa propre ombre. Elle le renvoie à ses échecs sentimentaux et à sa perpétuelle solitude. Le spleen de Musset est telle une ombre qui le suit à chacun de ses pas, comme un faux ami qui pèse sur sa conscience.
 
Cette mélancolie trop lourde à supporter est aussi au menu du poète Baudelaire, qui avec Spleen et idéal - soit 85 poèmes de son recueil "Les Fleurs du mal"- a contribué à populariser le terme habituellementréservé au cénacle de la psychologie. Baudelaire aborde son spleen comme un observateur. Baudelaire ressent un profond découragement, une sensation d'isolement insupportable, un malheur diffus, une peur continue et une absence globale de désir. Il en déduit, en lisant ses contemporains que ce ressenti est aussi une des composantes littéraires de l'époque.

Les premiers vers de Spleen : Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ne ressemblent-t-ils pas, à un texte de Baden Baden?:
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

S'il faut une dernière preuve que le spleen a fini par être un des caractéristiques majeures du romantisme littéraire au 19e s, quand Flaubert décide de "tuer le romantisme" en écrivant Madame Bovary en 1857, n'en fait-il pas justement de son héroïne une icône de ce mal être diffus dont se nourrissent les romantiques? Une jeune femme affublée de l'incapacité existencielle à se défaire d'une langueur et d'une absence de joie? Une perpétuelle insatisfaire incapable de trouver l'amour qu'elle recherche, et de s'y abandonner?

C'est pourquoi l'expression du Spleen reste désormais et pour toujours, associée au romantisme du 19e s. Il doit en rester quelque chose dans la musique de Baden Baden.

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