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Histoire et création. Textes philosophiques inédits (1945-1967)

Littérature

Histoire et création. Textes philosophiques inédits (1945-1967)

Cornelius Castoriadis

Lorsque Cornelius Castoriadis, âgé de 23 ans, arrive à Paris en décembre 1945 en compagnie d’autres jeunes intellectuels grecs comme Kostas Axelos et Kostas Papaioannou, c’est pour préparer à la Sorbonne une thèse de philosophie sur la « logique axiomatique ».

Très vite, il relègue ses ambitions universitaires au second plan, absorbé par son travail d’économiste à l’OCDE, et surtout par ses activités militantes : il entre dès 1946 au Parti communiste internationaliste, la branche française de l’Internationale trotskiste, puis fonde avec Claude Lefort Socialisme ou Barbarie, l’un des cercles intellectuels les plus importants de l’extrême gauche antistalinienne française. Pendant quinze ans, c’est dans la revue éponyme qu’il publiera tous ses textes, des commentaires à chaud de l’actualité politique aux essais théoriques sur la révolution socialiste. D’une manière un peu rapide, on explique souvent que Castoriadis a ainsi commencé en auteur « politique » puis qu’il est revenu à ses amours philosophiques après sa rupture avec Marx, au milieu des années 1960. Affirmation doublement trompeuse : d’une part, sa pensée restera dominée par la politique (à la limite, on pourrait la résumer en disant qu’elle est une exploration des conditions sociales de la démocratie) ; d’autre part, Castoriadis n’a jamais cessé de s’occuper de philosophie, y compris durant la période Socialisme ou Barbarie. C’est ce que montre ce roboratif ensemble de textes écrits entre 1945 et 1967, en même temps que les essais sur le socialisme et le mouvement ouvrier publiés dans Socialisme ou Barbarie : preuve que politique et philosophie ont toujours été liées dans sa réflexion, et qu’elles se sont nourries l’une l’autre dans un mouvement circulaire caractéristique de sa méthode. Histoire et création offre ainsi une quarantaine de textes où l’on voit se mettre en place les idées qui formeront l’armature de la pensée castoriadienne : la critique du système hégélien, le rapport entre individu et société, le refus de la théorie comme savoir totalisant, et surtout le thème de l’aliénation de la société à ses créations, coeur de son oeuvre. Morceau de choix du recueil, la version inédite de « Marxisme et théorie révolutionnaire » (le texte clé qui articule l’abandon du marxisme et la pensée de la création, publié en 1964 et repris dix ans plus tard dans L’Institution imaginaire de la société) donne ainsi à voir « en temps réel » la mise au jour de l’idée d’autonomie individuelle et sociale. Remarquablement présenté par Nicolas Poirier, ce passionnant volume complète idéalement la bibliothèque castoriadienne et, en documentant leur genèse, aide à mieux saisir les « idées-mères » de l’un des penseurs les plus originaux de son époque.

Bernard Quiriny

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