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Sauvage | Nina Bouraoui | 2234064392

Littérature

Sauvage | Nina Bouraoui | 2234064392

À Alger, au début des années 1980, une adolescente fait le deuil de son premier amour. Quatorze ans... Pour Alya, la narratrice de Sauvage, c'est l'âge de la séparation, soudaine et sans explications, d'avec Sami, dont l'amour avait dissipé le vide de son enfance. Pour Nina Bouraoui, cet âge a été celui de la déchirure et de l'exil, sans possibilité d'adieu : en 1981, après des vacances en France, ses parents n'ont pu retourner en Algérie, terre natale du père où l'adolescente avait passé des années sauvages, enfermée dans sa communauté familiale, mais ouverte à la nature «forte et sismique», proche des éléments qui portent son personnage, Alya, et lui «donnent de la force pour affronter les humains». En 1979, à Alger, l'entourage d'Alya éprouve la «peur de l'année qui vient». «On attend la catastrophe mais on ne sait pas de quel côté elle va venir.» De la technologie menaçante? De la religion dévorante? De l'espace interstellaire? De l'intérieur du pays? Alya a déjà vécu son séisme et n'arrive pas à faire son deuil. Après un an, la disparition de Sami demeure inexpliquée et elle en éprouve une culpabilité dont la fin du livre dévoile la cause. Elle trouve refuge dans l'écriture, qui permet d'enrayer le mécanisme du temps en fixant des instants menacés par l'oubli. Elle cherche sa place, entre l'enfance et l'âge adulte, entre le monde des morts et l'ivresse «d'être au monde, dans ce monde, [...] d'être en vie, de faire partie de cette vie» qu'elle a partagée avec Sami. Elle abhorre la peur froide, «qui paralyse», et éprouve l'excitation de la peur chaude, «qui donne du plaisir» en éveillant le désir du «surpassement de soi». Elle est à l'écoute de sa grand-mère française, capable d'avoir accès à l'invisible, tout autant que de son père algérien dont les sentences un peu pesantes résonnent d'intelligence et de respect. Avec sa soeur, elle écoute les chansons de Sheila et des B. Devotion, mais tente aussi de capter les voix de l'au-delà. À d'autres moments, l'expérience du silence lui permet de faire le vide à l'intérieur d'elle-même. Ce récit à la première personne avance au rythme rapide de phrases fragmentées qui approfondissent idées, images, situations sur un mode incantatoire, prenant appui sur certains mots, plusieurs fois répétés, dans l'obstination du dévoilement du sens. Les relatives conquièrent l'espace du texte pour mieux rendre compte du mouvement de la pensée. Sa quête de moments passés, points d'appui pour reprendre le chemin de la vie alors que la limite entre le bien et le mal a été franchie, conduit Alya à revivre des scènes d'une intensité peu commune. L'écriture, que Nina Bouraoui vit comme une «pratique amoureuse», se fait encore plus charnelle pour décrire la découverte de l'union des corps, du sexe «comme une façon d'échapper au malheur», mais aussi de la manière dont deux êtres peuvent être côte à côte dans la nuit, silencieux, dans le vent du désert, éprouvant, dans un souffle chaud, «pas l'amour comme on l'entend, pas l'amour entre deux personnes, non, un amour bien plus général, l'amour du monde et l'amour qui s'oppose à la violence du monde». Cette fusion entre la matière et le spirituel, entre Dieu et la nature, donne une dimension cosmique à plusieurs passages du livre, particulièrement celui où Sami et Alya s'enfoncent dans une fosse remplie de chants d'oiseaux, au milieu de la forêt et d'une terre rouge sang : «On était comme dans un corps géant, comme le corps de la baleine dans l'histoire de Pinocchio, c'était vaste, chaud, sombre, humide et l'image du sexe est revenue.» Dans la dernière page du livre, la lumière venue par la fenêtre de l'appartement d'Alger a changé, parce qu'Alya a changé et que son attente s'est transformée : elle n'attend plus un hypothétique retour de Sami ni une angoissante fin du monde. Mais, proclame-t-elle, «c'est vers l'amour que je veux tendre et c'est avec cet amour que je construirai toutes sortes de châteaux». Et de livres, comme ce roman, qui enrichit l'oeuvre de Nina Bouraoui d'un treizième titre, métaphysique jusqu'au vertige.

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