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André Malraux. L'engagement politique au XXe siècle

Littérature

André Malraux. L'engagement politique au XXe siècle

Perrine Simon-Nahum

Anti-mémorialiste « farfelu », grand homme complexe et mythomane, André Malraux avait à demi-mot prévenu ses futurs biographes : le croquer serait ardu. Il s'opposait d'ailleurs au genre biographique lui-même, considérant qu'il était « illusion narrative », puisque « chacun articule son passé pour un interlocuteur insaisissable ». Toujours est-il que, loin de se décourager, les historiens et écrivains ont à peine attendu son décès pour s'inspirer de cette existence exceptionnelle et de cette oeuvre colossale. Né en 1901, romancier prodigieux dès l'adolescence, joyeux aventurier et humaniste tourmenté par les civilisations « enchaînées », telles que l'Indochine, révolutionnaire devenu ministre, ami de Picasso, de Trotski, de Mao Zedong et de De Gaulle, André Malraux multiplia les paradoxes, mais aussi les indignités - son silence pendant les procès de Moscou, son engagement tardif dans la Résistance. L'historien Jean Lacouture fut le premier à remettre en question son parcours politique, à en explorer les ressorts psychologiques, marqués par la quête d'un père. Le reporter Olivier Todd, lui, démonta le mythe, pièce après pièce, dévoilant un grand adolescent obsédé par la construction de sa propre légende, jusqu'à fabriquer son dossier militaire pour inventer une « Résistance Malraux » qui, selon lui, n'a jamais eu lieu. Après Lyotard, Lacouture ou Todd, Perrine Simon-Nahum, spécialiste des intellectuels modernes, relève à son tour le défi. D'autant que, parmi les multiples Malraux retenus et déformés par l'histoire - écrivain, homme public, passionné d'art, héros romantique, narcissique exalté... -, la biographe choisit de reculer de quelques pas et d'étudier la trace laissée dans l'histoire par le vaste Malraux politique qui « revêt pour nous le visage et les ambiguïtés du siècle qui nous a faits ». Soucieuse de discerner les mythes qui entourent le personnage, Perrine Simon-Nahum propose de jeter un nouvel éclairage sur ce parcours intellectuel, de restituer la portée de sa pensée politique dans son époque et de dévoiler un « Malraux philosophe », penseur de la destinée humaine. Celui pour qui l'action est un engagement en soi, pour qui la mort est transcendance, et non fin ultime. Le défenseur de la culture, qui voit en la métamorphose des oeuvres d'art et de littérature l'unique salut des civilisations. Faut-il pardonner Malraux ? Certainement, sous-entend l'historienne, car comprendre notre siècle suppose d'entendre cette voix solennelle et tremblante vibrer dans notre musée imaginaire, marquant à la fois le deuil et la survivance d'une grande époque, « dans la certitude que celle-ci aurait quelque chose à dire à ceux qui ne l'auraient pas connue ».

Lauren Malka

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