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Les Deux Âmes de Frédéric Chopin | Jean-Yves Clément | 2750903971

Littérature

Les Deux Âmes de Frédéric Chopin | Jean-Yves Clément | 2750903971

«Comment vivre sans inconnu devant soi ?», demande René Char en 1948 en regardant un tableau de Salvador Dalí. La question vaut pour la musique. À l'heure des nouvelles technologies et de la mondialisation, comment recréer le mystère? Où trouver l'inconnu? La surprise renaît à l'écoute de quelques notes, un air de ritournelle, la voix d'un instrument. L'émotion musicale revient et se renouvelle au détour de l'actualité. Présente tout à coup et toujours mystérieuse. L'année 2010 rend hommage à deux virtuoses, dont elle fête le bicentenaire de la naissance. Nés à quelques mois d'intervalle en 1810 (Frédéric Chopin, le 1er mars, en Pologne ; Robert Schumann, le 8 juin, en Allemagne), les deux compositeurs se sont rencontrés, la première fois, à l'automne 1835 à Leipzig, au coeur du grand mouvement romantique qui vit naître aussi Hector Berlioz en 1803 et Franz Liszt en 1811. Si la quasi-totalité de la production de Chopin est pour piano seul - on y compte quelque 200 pièces -, Schumann laisse un catalogue plus diversifié, comme le rappelle le poète et romancier Alain Duault dans son excellente biographie. Génie précoce, à 27 ans, Schumann produit déjà des sommets: opéras, symphonies, musique de chambre, oratorios. Dans son essai Les Deux Âmes de Frédéric Chopin, Jean-Yves Clément, directeur artistique du Festival des fêtes romantiques et des Rencontres internationales Chopin à Nohant, revient sur la grande admiration de Schumann pour Chopin. Critique musical, il lui consacre en 1831 un article élogieux: «Chapeaux bas, messieurs, un génie!» En 1838, il dédie ses Kreisleriana (tirées des oeuvres d'E. T. A. Hoffmann) au Polonais. Et Chopin le remercie en lui dédiant sa deuxième Ballade en fa majeur. Dans la biographie qu'elle consacre à Chopin, Pascale Fautrier souligne la dialectique entre sentiment tragique de l'exil et exaltation joyeuse qui nourrit son oeuvre. Écrite sous le coup de l'occupation de Varsovie par les troupes russes, l'Étude dite « révolutionnaire » pour piano transforme l'événement historique en expérience intérieure. La musique de Chopin, valses, mazurkas et polonaises, «est l'épopée sensible et intime d'une immense victoire sur soi», explique Pascale Fautrier. À son tour, le musicologue Jean-Jacques Eigeldinger rappelle dans Chopin et Pleyel combien l'instrument est pour le musicien le moyen de communiquer avec lui-même et avec autrui, dans une économie intime et suave, tactile et sonore, où s'éprouve son rapport au monde. Avec Chopin et Schumann, musique et littérature sont intimement mêlées. Le père de Schumann, libraire, traducteur de Byron, accueille les poètes du Sturm und Drang. Le jeune Schumann lit Jean Paul, Novalis, Hölderlin, avant d'associer son «jardin des poètes» à ses oeuvres musicales. De sorte qu'aux yeux du philosophe Thomas Dommange, dans L'Homme musical, le compositeur est aussi, pleinement, un homme de lettres. N'est-ce pas aussi ce que laisse à penser la passion amoureuse de Chopin et de George Sand, qui, de 1839 à 1846, passent l'été dans la propriété de la romancière, où l'une fait vibrer la langue et l'autre la musique ? Dans cet esprit, le Festival de Nohant, «Présences de Chopin», rassemble jusqu'au 1er août spectacles littéraires et musicaux, avec la participation d'Éric-Emmanuel Schmitt et de Michel Onfray. En contrepoint du lyrisme romantique, l'actualité réserve d'autres surprises, qui impliquent d'autres temps, d'autres rythmes, d'autres époques. C'est ainsi que, dans Current of Music. Éléments pour une théorie de la radio, Theodor Adorno (1903-1969) livre le résultat d'une enquête sociologique américaine (effectuée entre 1938 et 1941) et fait le point sur le média radiophonique, considéré par le philosophe et musicologue comme un des premiers vecteurs de la culture de masse. Le XXe siècle aura questionné les conditions de l'écoute, le renouveau des pratiques, les ruptures et les crises. À la tête de l'avant-garde, dans les années 1960, Pierre Boulez est fasciné par la rencontre entre les structures musicales et les mathématiques. Le hasard est dirigé et s'organise, l'entretien filmé que publient les éditions Montparnasse, montre comment sa passion le conduit à une recréation perpétuelle des langages et des technologies. Celles-ci n'empêchent pas la présence du corps. Boulez raconte que, au début de son métier de chef d'orchestre, il n'utilisait jamais de baguette, mais uniquement les mains : «Je trouve cela encombrant. Il faut toujours la transporter avec soi», explique celui qui a fondé l'Ircam à la demande du président Pompidou. Musiques nouvelles. Nouvelles lectures du monde. Il en va ainsi du principe de répétition, dont Johan Girard marque l'importance dans la musique américaine. De quelle exigence relève l'école minimaliste, demande-t-il dans Répétitions? Trois compositeurs participent ici de la même volonté de dépouillement, à travers structures répétitives et pulsation régulière : Terry Riley (né en 1935), qui crée avec In C en 1964 la pièce fondatrice de la musique répétitive ; Philip Glass (né en 1937), qui compose la musique d'Einstein on the Beach, le spectacle mythique de Robert Wilson créé en 1976 ; Steve Reich (né en 1936), qui, avec Music for 18 Musicians (en 1976), affirme la technique musicale du «déphasage» (phasing). Présence au concert, écoute de la radio, passion pour Chopin, préférences minimalistes : chacun se révèle à travers sa rencontre de la musique. C'est en s'appuyant sur son propre itinéraire musical, sur son Chemin de musique, que Philippe Nemo revient sur le sens de la beauté artistique. La vie intime est faite de ces plis d'émotions : ici, le lyrisme de Pelléas et Mélisande de Debussy (1902) permet de rejoindre l'humanité ; avec Stravinsky, la musique procure une impression identique à « celle de la contemplation du jeu des formes architecturales ».

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