TV5MONDE Le Caire : carte postale interactive : reportages photographiques, sons, vidéos, panoramiques 360°, musique et ressources documentaires.
 
A la découverte d'une ville du monde avec TV5 

  Abir a 25 ans. En juillet prochain, elle épousera Ihab, 29 ans, après trois ans de fiançailles. "C’est long, mais je voulais que tout soit prêt avant mon mariage, l’appartement, les meubles, la décoration…" Abir a vraiment tout prévu pour le jour J, tout… et même quelques changements radicaux dans sa vie de jeune femme active et éprise de liberté.

  C’est chez sa mère que nous reçoit Abir, dans un quartier populaire du Caire. "J’habite chez elle jusqu’à mon mariage, avec ma petite sœur et mon frère. Mon père est parti à Dubaï pour travailler et gagner un peu plus d’agent. Il ne revient qu’une fois par an pendant un mois", explique Abir. Titulaire d’une maîtrise de lettres, section française, Abir travaille depuis plusieurs années dans une librairie française du Caire. Vive, la jeune femme n’a pas sa langue dans sa poche et toute sa famille apprécie sa bonne humeur autant que sa réussite sociale. "Je suis l’aînée des filles et je suis un peu un exemple pour toutes mes cousines". Mais pour l’heure, chacun semble vivre au rythme des préparatifs du mariage. "D’abord, nous avons dû trouver l’appartement. Je ne voulais pas qu’il soit trop loin de chez ma mère, car quand j’aurai des enfants, il faut qu’elle puisse les garder facilement". Le couple a finalement trouvé un appartement à louer pour 40 ans en versant 25 000 L.E. (50 000 francs français) puis 125 L.E. (250 francs français) chaque mois. C’est un gros sacrifice financier quand le salaire moyen au Caire se situe entre 1000 et 2000 L.E. (2 et 4000 francs) et qu’en fait d’appartement, ce ne sont que des murs de béton avec des fenêtres et des portes qu’il faut enduire, peindre, carreler, équiper, meubler. "Je veux que ce soit super beau, plus que chez ma mère ou mes tantes. C’est comme ça. Et chez mes enfants, il faudra que ce soit encore plus beau que chez moi". Volontaires, Abir et Ihab ont décidé de financer leur emménagement seuls, sans l’aide de la famille. "Ils ne doivent pas penser que moi qui suis plus éduquée qu’eux, je n’ai rien. Alors j’ai fait des économies". D’autant plus que Ihab, comptable de formation, est sans emploi actuellement. "Tout sera installé au moins une semaine avant le mariage".
à gauche : " je vais devoir pas mal négocier "
ci-dessus : " je l’aime parce qu’il est très tendre avec sa maman "

  Le quartier fait la fête
Prévu pour la fin du mois de juillet, entre deux fêtes religieuses pendant lesquelles on ne peut se marier (le jeûne de Pâques et celui de la fête de la Vierge), le mariage d’Abir et de Ihab se déroulera selon le rite copte, communauté à laquelle appartient la famille. Avec une particularité cependant : Abir est copte catholique, Ihab est copte orthodoxe. "Je vais devoir me convertir, c’est comme ça. Mais j’espère qu’ils ne m’imposeront pas de refaire mon baptême, j’ai des photos où on voit que j’ai été immergée dans l’eau". Un mois avant, toute la famille et les amis se réuniront le soir chez la mère d’Abir, pour fabriquer les matelas. "On achète du coton, on enlève les canapés et on loue des chaises, car il y a beaucoup de monde et tous doivent pouvoir boire et manger". Viendra ensuite, la nuit de la veille du mariage, la fête du henné : "On met des bougies partout et la fête se passe dans la rue car il faut que ce soit clair pour tous les voisins qu’on se marie. C’est bien, parce que comme ça, ils ont l’impression d’être de la fête et on est pas obligé de tous les inviter". Ce qui n’est pas plus mal quand on apprend qu’Abir attend au moins 1000 personnes pour la célébration du lendemain !

  La mariée fait ses comptes
Une journée qu’elle veut fêter du mieux possible. "Je n’ai pas vraiment eu de fête pour mes fiançailles alors là…". D’habitude, les jeunes filles des quartiers populaires louent leur robe de mariage mais Abir tient à acheter la sienne et puis aussi à aller chez le coiffeur, où elle passera au moins quatre à cinq heures : "Je vais ressembler à un pot de peinture mais c’est bien, il faut que ce soit comme ça et ma robe dégoulinera de dentelles", annonce-t-elle en riant. Pendant ce temps, la mère d’Abir aura rempli le réfrigérateur et les placards de victuailles pour un mois. C’est la tradition. "Une fois marié, le couple ne doit pas s’occuper d’autres choses que de lui". Un voyage de noce ? Abir n’y a pas encore pensé : "tout dépend de l’argent qu’il restera. En Egypte les plus riches vont à l’étranger, sinon on va passer une semaine au bord de la mer, à Sharm el Sheikh, ou alors on reste chez soi".

C’est officiel depuis janvier 2000, les Egyptiennes peuvent demander et obtenir le divorce. A une condition toutefois, qu’elles remboursent la totalité de leur dote à leur ex-mari. La loi sur le statut personnel, qui datait de 1931 et empruntait la quasi-totalité de ses éléments à la charia islamique vient donc réformer radicalement le statut de la femme. Après l’abrogation d’une réforme pourtant soutenue par la femme du président Sadate en 1985, et le dépôt d’un nouveau projet de loi en 1990, il fallu attendre neuf ans pour que les débats commencent et s’accélèrent. En effet, il ne fallut que quelques mois pour que le gouvernement adopte un avant-projet, soumis ensuite au grand mufti de la République, au président Moubarak et à la commission des Affaires religieuses et législatives à l’Assemblée avant que l’Assemblée populaire ne l’examine et tranche en sa faveur en janvier 2000. Bilan des courses : si les femmes peuvent maintenant demander le divorce, elles peuvent également faire valoir leurs conditions, par écrit, sur le contrat de mariage. Reste aux femmes, à toutes les femmes, y compris dans les milieux populaires, à s’emparer de ce droit sachant qu’une loi suffit rarement à changer radicalement des traditions ancestrales.
 
  Et après ?
"Les parents vont sûrement vouloir qu’on ait un enfant tout de suite mais moi je préfère attendre". Attendre de voir ce que lui réserve sa vie de femme mariée. "Ihab va sûrement vouloir que j’arrête de travailler ou en tout cas que je choisisse un autre travail, qui me prenne moins de temps. Il veut que je sois rentrée à la maison vers cinq ou six heures, que je prépare le repas, que je sois là pour lui. C’est normal, il est très oriental…" Entre son rêve de devenir animatrice à la télévision, sa réalité de jeune femme active et libre de ses mouvements comme de ses idées, Abir sait déjà qu’elle doit apprendre à conjuguer le mot négociation à tous les temps, pour les enfants à venir, pour son travail, pour sa vie. "Ce sera sûrement difficile mais je vais bien réussir quelques fois", se persuade-t-elle dans un éclat de rire. Son premier enfant, elle aimerait bien que ce soit une fille : "Ca donne tellement de joie dans une famille !"

Selon le rapport du PNUD pour le développement humain de l’an 2000, l’Egypte est classée au 68ème rang pour ce qui est des conditions de la femme
Depuis janvier 2000, date à laquelle les Egyptiennes peuvent demander et obtenir le divorce, le ministère de la Justice fait état de plus de 10 000 dossiers tranchés en faveur des femmes
6 des 12 chefs de service de l’hebdomadaire francophone Al-Ahram sont des femmes
14,8% des grossesses des Egyptiennes seraient interrompues illégalement.
 
  Copyright © 2001 TV5
Retour haut de page