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  Située à 4 kilomètres au large de Dakar, à vingt minutes par la chaloupe, l'île de Gorée est un des endroits les plus attachants du Sénégal. Elle se caractérise par une architecture parfaitement homogène, et, si ce n’étaient les dizaines d’enfants noirs jouant dans ses rues ainsi que les baobabs et bougainvillées poussant un peu partout, le visiteur se croirait plus facilement dans un village provençal.

 

  Et pourtant… L’histoire de l’île de Gorée n'est guère idyllique. Découverte en 1444 par des marins portugais sous le commandement de Denis Dias, l’île fut baptisée ’’Palma’’ mais elle est également nommée "Beseguiche" dans des documents d'époque, alors que les populations locales l'appelaient "Bir" ou "Ber". La marine hollandaise s’en saisit en 1588 qui la rebaptisa ’’Goede reede’’ (= bonne rade) d’où son nom de Gorée.

  Le 1er novembre 1677, le vice-amiral d’Estrées s’en empara pour le compte du roi de France. Le chevalier de Boufflers, gouverneur du Sénégal, qui n’aimait guère Saint-Louis transféra sa résidence à Gorée en 1785. L’île fut par la suite occupée par les Anglais avant d’être restituée à la France en 1817. L’ île présentait bien des avantages aux marins : mouillage sûr, proximité d’un continent avec lequel s’ouvraient de grandes possibilités de commerce et facilités de défense du lieu. Autant de raisons pour que les puissances européennes se la soient disputée. Sa prospérité fut liée au commerce et plus particulièrement à celui des esclaves qui étaient à la base de l’organisation économique des colonies d’Amérique.

 

  Gorée fut donc un de ces lieux de transit où les captifs étaient rassemblés, enfermés puis embarqués pour l’autre rive de l’Océan. L’abolition de l’esclavage en 1848 sonna le glas des espérances de l’ île. Dakar fut fondée en 1857 et l’activité s’y déplaça rapidement. La population de l’ île tomba de près de 5 000 habitants en 1832 à 600 en 1931. L’ île de Gorée fut annexée à Dakar en 1927. L’île est aujourd’hui classée Patrimoine Mondial de l’Humanité

  La maison des esclaves, témoin de l’histoire
" La traite des Noirs fut un des plus grands génocides que l'humanité ait jamais connus. Pendant trois siècles et sans répit ils furent chassés, traqués, arrachés à leur sol natal sous la torture et l'humiliation. Ce transport brutal et massif de millions de Noirs permit à la quasi-totalité du Nouveau Monde de construire ses réalités politiques, économiques et sociales.On prenait en effet les plus jeunes, les plus robustes et les plus forts ; séparant mères et enfants, bouleversant l'équilibre démographique.Voila comment s'explique le long retard que l'Afrique a pris sur la voie du développement." Ainsi s’exprime, Joseph Diagne, conservateur de la maison des esclaves de Gorée. Sans doute bâtie vers 1786, rénovée en 1990 par l’association Gorée-Fraternité, cette maison abritait outre le logement des maîtres et les chambres des esclaves domestiques, les cellules des esclaves de traite. Ces derniers ne séjournaient dans les cachots qu’en attendant d’être embarqués sur un bateau négrier à destination des Amériques. Le long des murs qui bordent la mer court un étroit couloir percé de meurtrières. Au milieu de ce couloir, qui servait à la défense éventuelle de l’île, une porte donne directement sur la mer, porte dite du voyage sans retour.
L'effectif de la maison variait entre 150 à 200 êtres humains, hommes, femmes et enfants séparés de cellules. Ils étaient assis, le dos contre les murs et des carcans les maintenaient au cou et aux bras. On ne les libérait qu'une fois par jour afin de leur permettre de satisfaire leurs besoins.Généralement les esclaves vivaient dans un état d'hygiène si repoussant que la première épidémie de peste qui a ravagé l'île en 1779 est partie de ce sanctuaire. Bien des fois dans cette Maison, il s'y trouvait toute la famille. Le père, la mère et l'enfant étaient systématiquement séparés. Leur destination dépendait des acquéreurs, le père pouvait se retrouver en Louisiane, la mère au Brésil ou à Cuba et l'enfant partait pour Haïti ou les Antilles. Ils partaient de Gorée sous des numéros matricules et non sous leurs noms africains. Une fois arrivés dans les plantations, ils optaient pour le nom de leurs propres maîtres blancs.

 

  La valeur d'un homme dépendait de son poids et de sa musculature; le poids minimum étant de 60 kg, ils étaient engraissés comme des oies pour atteindre le poids exigé, au moment de la vente. La valeur d'un enfant dépendait de sa denture et la valeur d'une femme de ses seins. Bien des fois, les jeunes filles esclaves avaient des rapports avec les négriers et quand on constatait leur état de grossesse, elles étaient mises en liberté dans l'île, ou à Saint-Louis du Sénégal. Sous les escaliers en fer à cheval se trouvaient des oubliettes réservées aux récalcitrants.

L'esclavage aura duré trois siècles à Gorée : de 1536, premières esclaveries portugaises, à 1848 date de son abolition par la France. Trois siècles pendant lesquels 15 à 20 millions de Noirs émanant de toute l'Afrique de l'Ouest ont quitté Gorée pour les Amériques. Six millions sont morts de privation ou de mauvais traitements." Seuls ceux qui ont vécu entre ces murs ont connu le prix de la liberté "…


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Pour en savoir plus nous vous proposons une visite virtuelle de l’île de gorée sur le site de l’Unesco
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