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  L’ethnie Sérère, localisée dans les régions circonscrivant Dakar est le creuset d’un sport ancestral qui plonge ses racines mythologiques dans la confrontation des populations pastorales aux génies de la nature.


Des joutes pacifiques ont depuis des temps immémoriaux mis en présence les kuus, divinités naines locales et les bergers du pays profond. D’abord ludiques mais toujours inégaux, ces affrontements dénotent d’une prépondérance des forces de la nature sur l’homme, soumis aux lois et caprices de son environnement.

A force d’opiniâtreté, l’homme peut cependant parvenir à remporter de modestes victoires sur les génies. La corrélation entre l’apprentissage et l’échec est donc capitale pour l ‘affirmation du combattant.

Cet " adoubement " du dieu vers l’homme se fait par le don d’une bande de cotonnade destinée à ceindre le combattant confirmé. Cet élément est de nos jours une pièce essentielle de la tenue traditionnelle que les lutteurs arborent dans l’arène.

C’est un processus identique qui guide aujourd’hui la jeunesse sénégalaise à travers la lutte : une volonté de s’approprier un territoire tout en acceptant les règles sociales fondées sur les rapports de forces. La lutte permet, au travers de ses codes, d’affronter ses pairs à armes égales selon des règles " démocratiques ". Elle canalise aussi l’énergie vitale des postulants et développe une chorégraphie qui participe également à l’affirmation de leur maturité sexuelle. Ce langage du corps fait désormais partie de la rhétorique de la séduction.

Comment lorsqu’on est jeune fille au Sénégal, ne pas rêver d’un athlète grand, fort et beau, qui en impose par sa prestance dans l’arène et dont les femmes mûres chantent les prouesses ?

Un apprentissage dès l’enfance
Très tôt dans les campagnes ou les villages côtiers, les garçons apprennent à vivre selon des règles communes du groupe auquel ils appartiennent. Après de multiples affrontements les membres désignent un chef de file victorieux. Mais l’apprentissage de la lutte s’effectue également dans le cadre de séances officielles, organisées par toute la collectivité villageoise au moment où les travaux champêtres s’allègent, à partir de la mi-aôut. Des enfants composent le cercle de l’arène et commencent à animer celle-ci par leurs affrontements. Se succèdent ensuite des groupes des plus jeunes vers les plus âgés, pour en arriver aux a huk, lutteurs adolescents non encore confirmés, puis enfin aux lutteurs attitrés. Ces derniers seront célébrés par des poésies gymniques entonnées par les chœurs féminins.

Le lutteur émérite est identifié par sa tenue spécifique, qui tout en étant fonctionnelle, reprend les signes des rites initiatiques : jambières et brassières pour accompagner les prises mais aussi grelots, gri-gris ou bandeaux aux fonctions sacrificielles ou simplement poétiques. Parfois le lutteur revêt une tenue d’apparat, le yahal. L’arrivée du lutteur est elle-même marquée par des procédures incantatoires, notamment pour protéger le protagoniste en le situant au sein d’un flux énergétique déterminé par les points cardinaux.

Transposés à l’échelle des stades modernes, ces rites, démesurés dans leur durée et leur emphase, ont fini par devenir pour le public actuel un spectacle aussi réjouissant et médiatique que le combat lui-même.


Sérère
Ethnie de l’est du Sénégal réputée pour ses lutteurs et répartie sur les régions de Thies, Fatik, Djourbel et Kaolak.
Mbir
Champion incontesté devenu chef de file de lutte
O jand
Littéralement : la corne. Troisième lutteur dans la hiérarchie après l'état de Mbir
A kuk
Lutteur adolescent non confirmé officiellement
Mbap
Pagne composant la tenue du lutteur en phase apprentissage
Yahal
Tunique de cotonnade composant la tenue du lutteur confirmé
 
Crédits photo : Régis Michel
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