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"Le poids de la religion"
: un reportage de Pascal Priestley et Jason Arvanitis
A la découverte d'une ville du monde avec TV5MONDE 
  L'islam au Sénégal se répartit en plusieurs confréries. L’une d’elle, la confrérie mouride, fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, né vers 1852, a fait l’objet de nombreuses recherches. Cet engouement pour les mourides est sans aucun doute lié à la philosophie du travail développée par son fondateur : " Travaille comme si tu ne devais jamais mourir et prie comme si tu devais mourir demain " ! Une valorisation du travail d’ailleurs très nouvelle à l’époque, où ceux qui travaillaient étaient considérés comme inférieurs, compte-tenu du système de castes issu des royaumes wolofs. Reste que le mot " travail " revêt chez Ahmadou Bamba des sens divers et complémentaires. Il y a le travail physique d’une part – le travail pour gagner sa vie -, il y a le travail d’ordre religieux – l’acquisition d’un savoir spirituel qu’il s’agit d’entretenir – mais il y a aussi un troisième travail, grande force du mouridisme, qui est le fait de rendre service à la communauté à laquelle on appartient. C’est à partir de cette philosophie que s’est développé la confrérie, d’une part à l’intérieur du Sénégal, mais aussi à l’extérieur.
  Être un " bon mouride "
Pour Ahmadou Bamba, un " bon mouride " doit d’abord avoir de bonnes connaissances des textes et des coutumes islamiques. Il doit apprendre le Coran et les règles de la vie musulmane. Et ce qui est nouveau, c’est que ce précepte concerne tous les mourides et pas seulement les castes supérieures auxquelles était réservé jusqu’alors le savoir religieux. L’enseignement islamique va donc toucher une population beaucoup plus large, les disciples ou talibés, qui devront " travailler " les trois composantes de la religion musulmane, la foi en Dieu, les pratiques cultuelles et la perfection spirituelle.

Un " bon mouride " est un mouride qui travaille et gagne de l’argent
Pour Ahmadou Bamba, le mouride doit avoir une indépendance financière s’il veut être libre de pratiquer son culte. Ce travail a été une nécessité pour le mouridisme lors de son apparition, compte-tenu de l’environnement colonial et de la volonté de ne pas dépendre des blancs. Et c’est à la culture de l’arachide que travaillaient le plus souvent à cette époque les mourides.

Un " bon mouride " qui gagne de l’argent doit servir la communauté
C’est la troisième facette de cette philosophie du travail développée par Ahmadou Bamba qui prend tout son sens lors des fêtes religieuses organisées dans la ville-sainte mouride, Touba, et dont la plus importante est le Magal (pèlerinage) qui commémore le départ en exil au Gabon d’Ahmadou Bamba. Durant cette fête, les disciples ne cessent de " travailler ", à savoir de rendre service à la communauté tout entière pour accueillir, guider, voire cuisiner pour les fidèles.

Aujourd’hui, les mourides ont été nombreux à quitter l’agriculture et la culture de l’arachide pour se diriger essentiellement vers le commerce. Ils ont d’ailleurs progressivement investi l’essentiel de l’économie sénégalaise, dans le commerce, le transport ou l’immobilier. Nombre d’entre eux ont aussi émigrés vers l’étranger, recréant sur place une solidarité propre à la confrérie. Souvent d’ailleurs, les parents restés au Sénégal sont rassurés quand ils savent que leurs enfants à l’étranger fréquentent une communauté mouride. Ils sont sûrs qu’ils ne perdront pas leur identité, leurs valeurs.

 



Fondateur du mouridisme

Né en 1853 (an 1272 de l'Hégire), à Mbacke Baol, petit village du Sénégal fondé par son grand-père, Cheikh Ahmadou Ibn Mouhammad Ibn Habib Allah, appelé affectueusement par ses compatriotes Cheikh Ahmadou Bamba devint l'un des plus prestigieux fils de la communauté musulmane. Le roi du Djoloff, Alboury Ndiaye, l'encouragea à prendre les armes contre les colonisateurs français. Le héros du Sénégal, Lat Dior, se confia humblement au Cheikh et reçut ses prières quelques temps avant de mourir sous les balles de l'armée coloniale, lors de la bataille de Dékhelé, en octobre 1886. Grand pédagogue, il devint le plus grand enseignant de sa contrée, se consacrant à cette tâche jusqu'à la mort de son père (1882). En 1883 il fonda le Mouridisme. "J'ai reçu de mon Seigneur l'ordre de mener les hommes vers Dieu, le très haut. Ceux qui veulent prendre cette voie n'ont qu'à me suivre. Quant aux autres qui ne désirent que l'instruction, le pays dispose d'assez de lettrés. Allez auprès de ceux que vous voulez !" Après un court séjour à Mbacke Baol, il partit fonder Darou Salam et Touba en 1886 : Cheikh Amadou Bamba fonda la "cité de la paix" pour enseigner le Coran et appliquer la tradition du Prophète, loin des attaques et des critiques des hommes. Touba sera le grand temple d'Allah dans cette partie du monde. L'emprise de Cheikh Ahmadou Bamba sur les populations grandissant, le pouvoir colonial le fit emprisonner à Saint-Louis du Sénégal en août 1895 et condamné à la déportation au Gabon. Après sept ans et neuf mois d'exil dans la forêt équatoriale (commémoré par la fête du Magal), Cheikh Ahmadou Bamba rentra à Dakar en 1902. A Darou Salam, chez Cheikh Anta, frère et disciple de Cheikh Ahmadou Bamba, les voisins - ausi bien Mourides que Tidianes - se donnèrent rendez-vous pour célébrer son retour. Reconnaissant finalement Cheikh Ahmadou Bamba comme un saint homme, la France lui décerna la croix de la Légion d'Honneur. Il refusa de porter cette décoration, souhaitant démontrer à nouveau que son action n'était inspirée que par Dieu et Dieu seul, et non pas par les hommes, amis ou ennemis. Cheikh Ahmadou Bamba mourut le 19 juillet 1927. Son mausolée, à Touba, attire des hommes et des femmes de toutes les races et de tous les continents.
 
Le Magal de Touba commémore l'anniversaire du départ en exil au Gabon de Cheikh Ahmadou Bamba, le 12 août 1895 (Samedi 18ème jour SAFAR 1313) où il resta 7 ans. Cette fête constitue un pélerinage, un évènement inscrit dans le temps pour manifester la reconnaissance éternelle de Cheikh Ahmadou Bamba vis à vis de son Seigneur et de son guide, le Prophète Mohamed d'avoir agréé sa mission qui était de revivifier l'Islam et de sauver l'humanité :
"YA MALIKAL MOULKI, YA ..." clama-t-il "O Roi des rois, O Toi l'Inégalable, accorde Ta clémence aux humains, O Toi qui les guides toujours pour l'éternité." Et Cheikh Ahmadou Bamba de préciser : "Mon Seigneur m'a ordonné de proclamer que je suis un Refuge et une Protection. Quiconque cherche le Bien ici bas et dans l'autre monde, qu'il me prenne pour abri." Pour une bonne organisation du Magal, Serigne Saliou M'Backé, l'actuel Khalife Général des Mourides, par son adresse aux populations, invite tous les musulmans, et particuluèrement les Mourides, à sacrifier une bête le jour du Magal, comme l'avait fait Cheikh Ahmadou Bamba le 16 juillet 1921 (18ème jour SAFAR de l'an 1341) à Diourbel, chacun selon ses moyens, du poulet au chameau. Ce jour du Magal, à Touba, il est interdit toute activité autre que celles relatives à la déclamation du Coran et à l'intonation des Khassaïds écrits par Cheikh Ahmadou Bamba
 
 
 
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