TV5MONDE Dakar : carte postale interactive : reportages photographiques, sons, vidéos, panoramiques 360°, musique et ressources documentaires.

"Ecopole" :
un reportage de Pascal Priestley et Jason Arvanitis

"Pictoon, le griot conquérant":
un reportage de Pascal Priestley et Jason Arvanitis

A la découverte d'une ville du monde avec TV5MONDE 
60% de la population du Sénégal a moins de vingt ans. Le taux de croissance démographique est de 3%. Les rues de Dakar résonnent donc de ses multiples voix enfantines. Des enfants dont les parcours sont parfois très différents. Des élèves de l’école élémentaire du Point E, auxquels nous avons demandé leur vision de Dakar à travers dessins, poèmes et photos, aux enfants suivis par l’Ecopole d’Enda Tiers-Monde, les trajectoires peuvent même paraître opposées. Et pourtant, d’un bout à l’autre de la ville, tous restent des enfants avec beaucoup d’imagination, des sourires inoubliables et un espoir "gros comme ça" !..

 

Dakar vue par… les enfants de l’école élémentaire du Point E
Les enfants de l'école élémentaire du Point E
Dakar
Regarde moi cette porte de l’Afrique
Qui offre une ouverture sur l’Océan Atlantique
C’est la ville qui t’offrira plus d’un visage
Que tu proviennes d’une ville ou d’un village
Regarde cette ancienne capitale
De l’Afrique occidentale française
On y découvrira le reflet de la colonisation française
Mais aussi le secret de la culture sénégalaise.

Rokhaya Ba, 11 ans

Charme d’une capitale
Ils ne font que chanter ces oiseaux
Ils ne font que voler ces oiseaux
Ils n’ont peur de personne ces oiseaux
Chaque matin quand je me lève
Je les vois voler jusqu’au ciel
Ils ont une façon de chanter
Qui me rappelle l’hymne de mon pays
Alors
Pincez tous vos koras
Frappez les balafons
Le lion rouge a rugi
Le dompteur de la brousse…

Abou Siva Sy, 11 ans

 

Sénégalais
Un petit garçon aimait tellement le Sénégal
Qu’on l’avait surnommé le sénégalais.
Le Sénégal est un beau pays
Mon bon pays carrefour de cultures
Mon beau pays croisement de plusieurs fleuves
Les hommes travailleront, deviendront riches
Les pauvres trouveront de quoi se nourrir
En avant mon beau pays
Le Sénégal que j’aime tant.

Khady N’Diaye, 10 ans

Dakar
Dakar ville historique et culturelle
Tu es connue pour ta " teranga " et tes sites
Ta maison des esclaves qui a fait
De Gorée une île historique
Tes belles plages bordées de sable fin
Ton célèbre village artisanal
Qui abrite de si beau objets d’art
Et pour couronner le tout, le succulent " Thiebou Dieum ",
Ce plat national qui ne vous fera jamais oublier
Votre séjour à Dakar

Ptlalick Diouf, 12 ans

 

Le " Sunugal "
Le Sénégal est un beau pays
Où vivent de nombreux étrangers
C’est un pays de " teranga "
Les femmes que je vois
Les hommes que je vois
M’appellent leur fils
Et les enfants leur frère.

Mamadou Lamine Sy, 11 ans

Dakar, ma ville natale
Dakar, ville des mille et une lumières
Dakar, ville bercée par les vagues de l’océan atlantique
Dakar, porte et symbole de l’Afrique nouvelle
Dakar, carrefour de la diversité culturelle de l’Afrique
Dakar, témoin de toutes les souffrances de l’Afrique
Dakar, ville que je porterai toujours dans mon cœur
Dakar, je te dis merci de m’avoir permis de grandir en paix
Dakar, merci !

Mouhammed C. Dansokho, 10 ans

Dakar la belle
Oh ! Dakar que tu es belle ma ville !
Oh ! Que tu es chaleureuse !
J’aime ta verdure et ton beau soleil brillant !
J’aime ton ambiance et ta population joyeuse
Ah ! Que tu es accueillante Dakar !
Avec ta magnifique plage bleue !
Ah ! Quelle jolie ville Dakar !

Alexis Bachir Cissoko, 10 ans

 

Dakar vue par… les enfants des rues
Dakar, comme les autres capitales africaines, a ses enfants des rues. Comment les aider à sortir de la mendicité ? En leur apprenant à fabriquer des jouets avec un brin de laine ou un bout de fil de fer. C’est ce que leur propose l’Ecopole, un centre créé par l’Ong Enda Tiers-Monde.

Rue Félix Eboué, en plein centre de Dakar, les baraques crasseuses s’alignent. Gargotes et ateliers de plein air débordent sur les trottoirs, obligeant les piétons à descendre sur la chaussée. Tout ici évoque une lointaine banlieue dakaroise. Et pourtant, nous sommes à un jet de pierre du plateau, le quartier chic de la capitale dakaroise.
A l’écart, un bâtiment peint en blanc et vert tranche avec le décor ambiant. C’est l’Ecopole, un centre de rencontre pour enfants, mis en place au début des années 90 par l’Ong Enda Tier-Monde en collaboration avec la mairie de Dakar et d’autres métropoles ouets-africaines et avec l’appui financier de l’Union européenne, de la Suisse et du Canada. Ici, chaque matin, Alioune, Astou, Oumar et les autres se retrouvent. Ils viennent apprendre un métier… tout en s’amusant.
" Regarde, c’est moi qui ai fabriqué ce vélo ! ", lance Alioune, 14 ans. Ces petits rescapés de la rue tirent une grande fierté de leur travail. Avec une simple pince, il a transformé un tas de fils métalliques de récupération en un superbe vélo miniature. Au bout de son nez trône une autre de ses œuvres : une paire de lunettes en aluminium. " C’est mon père qui m’a amené ici car les études étaient très dures ", explique-t-il.

Abdoulaye, 13 ans, a lui aussi abandonné l’école. " Je préfère venir icin confie-t-il avec timidité. J’aime les jouets et je sais maintenant fabriquer une voiture ". Chaque matin, il quitte sa banlieue pour retrouver les copains " dans sa deuxième famille " comme il appelle lui-même le centre. Le transport (200 francs CFA) et le repas du midi sont pris en charge par l’Ecopole.

Le responsable de l’atelier n’est pas peu fier des résultats de ses apprentis. La reproduction de la mythique Coccinelle de Volkswagen est exposée à tous les regards. " C’est joli, n’est-ce-pas ? Les enfants ont vraiment la volonté d’apprendre. Ils aiment ça. Ils sont libres de créer les modèles de leur choix ", explique le responsable.

 

 

Un tour du monde en 80 jouets
Du côté des filles, les autos de rêve font place aux poupées de couleurs vives. Deux jours de travail pour fabriquer une poupée, un vrai travail de fourmi ! Installée autour d’une table ronde, les petites regardent les plus grandes manier l’aiguille avec dextérité. " Je m’inspire des tenues traditionnelles des grands-mères pour fabriquer mes poupées ", sourit Astou. L’idée est bonne si l’on en croit les commandes passées jusqu’en Amérique du Nord.

Changement de décor, changement d’outil dans la pièce attenante : deux apprentis, plutôt maigrichons, cognent sur des clous avec une force surprenante. L’ambiance est nettement plus sonore dans cette atelier de menuiserie ! Amadou, maître des lieux, apprend en moins d’un an à des jeunes de 9 à 14 ans à fabriquer les fameux attachés-cases recouverts de métal récupéré. Ces mallettes font le tour du monde. " Nous les exportons en Europe notamment en France, en Italie, en Suisse et en Belgique. Vous les trouvez aussi au Canada : elles sont exposées au Musée de la Civilisation ", précise Amadou, qui participe à l’occasion à des foires à l’étranger. Quelques grandes Ong comme Terre des Hommes passent régulièrement des commandes. A Dakar, ces mallettes se vendent 35 FF, contre 200 FF à l’étranger.
Les profits des ventes de tous les objets d’artisanat sont versés dans une caisse de solidarité et les enfants touchent de temps à autres un peu d’argent. Pour le responsable du volet éducation et insertion des jeunes, l’Ecopole est d’abord là pour " apprendre à ces enfants désoeuvrés à gagner leur vie autrement qu’en tendant la main ". A l’issue de la formation, ces jeunes sont suivis afin de s’assurer qu’ils ne retombent pas dans la mendicité. Les résultats réconfortent les chefs d’ateliers : " Plusieurs d’entre eux retournent dans leur quartier et ouvrent des petits ateliers ". Même si ces activités ne génèrent pas toujours des revenus très élevés, ils ne sont pas négligeables dans une ville, où selon une étude de 1994, 300 000 personnes dont un tiers des jeunes entre 9 et 14 ans, vivent avec 74 francs cfa par jour (soit moins de 10 FF) !

- Agence Syfia –

 

Dakar vue par… Radio Gune Yi : la parole aux enfants
Radio Gune Yi n’est pas une émission de radio comme les autres. Depuis cinq ans, elle donne le micro aux enfants du Sénégal, sur les ondes de la chaîne nationale. Une expérience unique en son genre.

Le véhicule tout-terrain de Radio Gune Yi (la radio des enfants en wolof) crapahute dans Médina Gounass, un quartier populeux de la banlieue dakaroise. Dans ces habitations où s’entassent plus de 100 000 personnes, l’insalubrité a fait son lit. Pas d’égouts ni de canalisations. Pour se débarrasser des eaux usées, les femmes creusent des trous dans les ruelles. Des trous que les très nombreux enfants du quartier évitent adroitement en jouant au ballon. Sinon bonjour les dégâts…
Aujourd’hui, Radio Gune Yi descend dans ce quartier pour parler de ces problèmes mais aussi de la débrouillardise des enfants. L’école où a lieu l’enregistrement public de l’émission est parée de banderoles marquées de slogans accrocheurs : " Radio Gune Yi, la fréquence jeunesse ", " Branchez-vous ! ". L’animation musicale rythme l’arrivée des enfants. Tous arborent tee-shirts et casquettes à l’effigie de la radio que parraine l’Ong Plan International.
Au programme : des rubriques, un conte, des jeux-concours et une interview avec la championne du monde junior de karaté, Yaye Ami Seck, qui est issue de cette banlieue.
Après une salve d’applaudissements, Yacine et Oumou, les animatrices vedettes de la semaine, démarrent l’émission sur les chapeaux de roue. Elles accrochent un premier invité des plus débrouillards. Face au public et micro devant la bouche, le jeune Babacar explique à son auditoire comment fabriquer un " ballon malabar " à partir de vieilles chaussettes, de chiffons et de sable. Sur le podium, d’autres enfants racontent comment ils ont appris à fabriquer des paniers, des poupées et même un aquarium. Tous les objets en question sont là, exposés sur une table.

Parler sa langue en public
Place maintenant au jeu-concours qui porte sur des questions diverses : santé, morale, civisme, etc. Chaque candidat est tenu de répondre en wolof à la question-piège, posée en français, par des écoliers choisis dans l’assistance. " Le but de cette rubrique, c’est de permettre à l’enfant de s’exprimer correctement en public dans sa langue maternelle ", explique le superviseur de la radio.
Entrecoupés de petites blagues, les commentaires se poursuivent. L’un des jeunes lance un message de prudence. Il invite les enfants à ne pas fréquenter les plages interdites à la baignade, où plusieurs noyades ont eu lieu. Sans trac ni fausse note, les jeunes animateurs se débrouillent comme des " pros ". Leur émission d’une heure, égayée de musique, est bien ficelée. De quoi être fier !
Détaché de la radiotélévision nationale du Sénégal, Pape-Sène, technicien-réalisateur, collabore à l’émission depuis ses débuts. Il mesure le chemin parcouru : " au début on avait beaucoup de difficultés parce qu’on travaillait avec des gosses qui n’avaient jamais tenu un micro, surtout dans les villages. Avec les enfants, il faut savoir tout accepter, quitte à revenir parfois en arrière, pour corriger… Aujourd’hui, Radio Gune Yi est une équipe de jeunes animateurs techniquement bien formés grâce à des ateliers ".
Chaque semaine, une poignée d’enfants, issus du quartier ou du village où est enregistrée l’émission, apprend un peu le " métier " auprès d’une équipe de professionnels.
" La tradition orale est une grande force en Afrique. Il faut voir les jeunes parler au micro. Ils sont à l’aise… Ils ont une vraie capacité à s’exprimer qui m’émeut beaucoup ", explique l’instigatrice du projet, Mimi Brazeau, ancienne journaliste à Radio-Canada, installée à Dakar. L’Ong Plan International l’a d’abord embauchée pour créer un journal destiné aux enfants. " Mais, confie-t-elle, je me suis dis que la moitié des enfants sénégalais ne vont pas à l’école… sans compter les problèmes de distribution et de coûts reliés à la publication ".

Le droit de s’exprimer
Elle propose alors à la place une heure d’émission de radio hebdomadaire, animée par les jeunes eux-mêmes. Certains sceptiques ne croyaient pas que des enfants pouvaient tenir si longtemps au micro ! Force est de constater que c’est possible ! En cinq ans d’antenne, Radio Gune Yi a vu défiler plusieurs centaines d’animateurs en herbe et plus de 100 000 enfants ont assisté aux enregistrements.
A Médina Gounass, l’émission a fait un tabac. Une belle occasion pour les mômes de parler de leurs problèmes quotidiens (manque d’aires de jeux, insécurité…) et d’interpeller les autorités.
La magie de la radio, c’est aussi d’entendre sa propre voix et celles de ses camarades. Les jours de diffusion de l’émission sur la chaîne nationale, le samedi de 12 à 13 heures et le mercredi de 14h15 à 15h15, tous restent branchés. " Je suis contente de parler au micro de Radio Gune Yi ", dit Awa. A-t-elle appris quelque chose au cours de l'émission "" oui, j’ai appris que la baleine est le plus grand mammifères du monde… "
De tels commentaires réjouissent Mimi Brazeau qui tend toujours l’oreille vers Radio Gune Yi, même si elle a passé le relais à une équipe sénégalaise : " J’ai pu constater à maintes occasions ce que pouvait apporter la radio aux enfants. Une vraie liberté d’expression ! J’en ai vu des timides devenir très loquaces… Après une émission réalisée dans un village, une mère m’a abordée en me disant : " je ne savais pas que mon enfant pouvait parler comme ça. "

- Agence Syfia –


 
Copyright © 2001 TV5MONDE
Retour haut de page