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"Internet au Sénégal", un reportage de Pascal Priestley et Jason Arvanitis
A la découverte d'une ville du monde avec TV5MONDE 
  " Un village planétaire se construit sous nos yeux ", c’est ce qu’affirmait le Premier ministre du Sénégal, Mustapha Niasse, lors de son discours de politique générale en juillet 2000. Et le gouvernement sénégalais a bien l’intention de favoriser les nouvelles technologies de communication et d’information. La tâche est rude. Les coûts d’accès à internet sont en effet très dissuasifs et sur le peu de Sénégalais équipés, 98% d’entre eux sont concentrés à Dakar. Mais pour ceux-là, internet, c’est magique !
  " En 1995, j’ai été invité à un séminaire sur les enjeux des télématiques. Trois semaines après, j’ai pris la décision de vendre des informations sur Internet ", raconte Babacar Diop, un commerçant. A 28 ans, il a laissé tomber son commerce de vêtements et de pièces d’occasion de véhicules pour se convertir au commerce électronique. Sans regret. Son idée : rassembler des données économiques sur le Sénégal, informations sur les entreprises, environnement financier et fiscal, liste des opportunités d’affaires… Tous ces renseignements, rassemblés sur son site, sont au départ mis gracieusement à la disposition des internautes. " C’est pour me faire connaître que j’ai agi de la sorte. Mon serveur est en fait une vitrine. Il sert à attirer les clients ". Babacar Diop a ainsi pu localiser 132 chambres de commerce auxquelles il a adressé des courriers électroniques pour les informer de ses activités. Les réponses sont venues de partout, notamment de France et d’Allemagne. C’est alors que cet ancien commerçant a commencé à vendre au prix fort ses informations. Il a créé un cabinet de consultant avec 25 collaborateurs qui génère aujourd’hui 120 millions de francs Cfa de chiffre d’affaires. Et Babacar ne tarit pas d’éloge sur internet : " Quand vous traitez avec plusieurs partenaires, Internet est le meilleur moyen de communication en terme d’efficacité, de rapidité et de rentabilité. Celui qui n’est pas connecté est obligé d’utiliser soit le fax, soit le téléphone, soit encore la poste. Or ces moyens de communication coûtent cher ou sont lents. Avec l’Internet, vous faites l’économie de tout cela ".
La façade du "Métissacana", premier cybercafé de Dakar.

 

  Toutes les informations en très peu de temps
Autres amateurs des possibilités du Net, les apprentis journalistes du Cesti, l’école de journalisme de l’université de Dakar. Là-bas, les étudiants n’ont plus besoin de rencontrer leur professeur de radio pour savoir quels exercices ils ont à faire. Chacun reçoit directement ses devoirs dans sa propre boîte à courrier électronique. L’initiative, qui concerne une quinzaine d’étudiants, vient du professeur de radio de l’école, qui a introduit un cours d’initiation aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. " Je suis parti de l’hypothèse selon laquelle ces technologies vont bouleverser le monde de la communication. Le téléscripteur n’existe plus. Les ciseaux pour le montage vont sauter. Tous ces bouleversements vont secouer la radio ". Les étudiants rentrent leurs interviews et reportages dans leurs ordinateurs. Ils font ensuite le montage à l’écran. Mais l’autre intérêt de cet accès à internet, c’est d’apprendre à ces futurs journalistes à mieux se documenter en cherchant sur le web. Un intérêt évident dans de nombreux pays africains où les sources d’informations sont rares et souvent inaccessibles. Les élèves du Cesti ont aussi été initiés à l’utilisation de la messagerie électronique et à la conception d’un site web. " Ces cours sur internet présentent beaucoup d’avantages, explique une étudiante. La recherche documentaire est rapide et on peut communiquer en temps réel avec un interlocuteur qui est à l’autre bout du monde sans trop de frais et en un laps de temps très court ".

Un lien entre les générations
Communiquer, voilà bien le maître mot. Et à Yoff, dans la banlieue de Dakar, ce sont les jeunes et les vieux qui ont renoué le dialogue grâce à la création d’un site web. Dans ce gros village de 50 000 habitants, proche de l’aéroport et au bord de la mer, tout a commencé en 1996 lorsque l’association pour la promotion économique, culturelle et sociale de Yoff, s’est vue confier l’organisation d’une conférence internationale intitulée : " L’intégration de la sagesse des villages traditionnels africains dans un processus de reconstruction écologique mondiale ". Tout un programme, auquel il fallait bien associer les jeunes et les moins jeunes pour réussir ! " L’idée est alors venue de créer un site pour la gestion de l’après-conférence, mais aussi du patrimoine foncier et culturel du village ", explique le directeur du Siup (Système d’information urbain populaire). En décembre 1997, le site voit le jour. Les vieux ont fait appel à leur mémoire pour y retracer l’histoire du village, ses croyances et ses modes de gouvernement. Les jeunes se sont eux rapidement mis à l’informatique pour présenter et mettre en page les traditions recueillies auprès des anciens. " Dès qu’ils ont vu le plan du village sur l’ordinateur et qu’on leur a dit qu’il suffisait d’un clic pour avoir des informations sur tel ou tel quartier, les vieux se sont émerveillés. Depuis, ils se sont ouverts aux jeunes et adhèrent à leurs idées ".

Tout au long de ses 200 pages, le site donne aujourd’hui une foule d’information sur Yoff, le village, ses activités et ses habitants, ainsi que des renseignements pratiques. Trois centres d’information populaire offrent aux associations et aux habitants de Yoff la possibilité de surfer sur Internet. Dotés chacun d’un ordinateur, ces centres, dont les jeunes assurent la permanence, impriment et vendent les pages qui intéressent les gens. Les vieux regardent cette initiative comme un signe de progrès : débouchés pour les jeunes, informations et meilleure connaissance du village, cité souvent en exemple aux autres communes du pays et du continent. Pour eux, comme pour tous les habitants, c’est une vitrine pour se faire connaître de l’extérieur. Et c’est vrai que quand on tape Yoff sur n’importe quel moteur de recherches, on arrive sur le site, celui qui a permis aux vieux et aux jeunes de se reparler !…


 
Avec la collaboration de l’agence Syfia
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