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Alger
 
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Musique
  TV5 - Alger en musiquesAlger en musiques

Alger est un chant pour ceux qui savent écouter sa musique. Elle est une ville musicale où les femmes, d'abord, chantent, depuis toujours, derrière des volets clos ou sur des terrasses discrètes, des comptines sans âges, des complaintes datant, parfois, du temps de l'ancienne guerre et des berceuses venues de temps immémoriaux. Alger chante - dans les manifs et les marches pacifiques, souvent durement réprimées - son refus de la mort sous les galons des militaires et les barbes de la dévotion zélée. Elle chante sur les rochers de la baie, à Bab-El-Oued, du côté de Padovani et de Rocher-Carré. Elle chante en faisant face à l'autre rive, l'autre côté de la Méditerranée, en rêvant d'un Schengen inaccessible que seuls quelques Harragas imprudents ont réussi à transgresser. Avec des guitares ou des mandoles cachées sous les volutes du paradis artificiel, cet Alger chante les qacidate d'El Anka, de Ammar Ezzahi, de Dahmane El Harrachi ou de Kamel Messaoudi. Alger chante dans les cafés, sur les gradins des stades aussi, elle invente un langage où le football n'est souvent que prétexte à l'inventivité corrosive d'un verbe dépeignant les turpitudes de la vie et les travers de la politique. Les supporters de l'USMA, de vrais créatifs, sont les champions incontestés, même quand leur club n'est pas dans ses crampons d'imbattable. Alger est une ville musicale, un peu comme La Havane. Les sociologues et les historiens diront un jour si la "misère" dans ses multiples configurations est nécessairement liée à la musique par un effet de causalité "paranormale".
La musique a toujours accompagné Alger dans toutes sortes de convulsions. Dans les premières décennies du siècle précédent, en pleine colonisation, elle ne pouvait plus se contenter de l'héritage arabo-andalou dans sa forme "bourgeoise" de musique savante. Une musique précieuse, assez lointaine de la réalité miséreuse du peuple. C'est dans les cafés maures de la Casbah, autour du port, qu'est né le chaâbi, sous une impulsion de génie signée Hadj M'hamed El Anka, le maître incontesté, inspiré lui aussi, par son maître, Cheikh Nador. Le café Malakoff, dans la basse Casbah, même décrépie, demeure une sorte de mausolée de cet art porté par les milieux populaires, les ouvriers, les artisans, les portefaix du port. Dans son aspect musical, le chaâbi est une expression démocratique, issue du renversement de l'ancien modèle. C'est une révolution populaire avec le populisme en moins. Le chaâbi jette la musique dans la rue en l'offrant aux dockers et aux démunis. Il sort l'héritage arabo-andalou de la préciosité des jardins de l'Alhambra. Belle victoire.
Dans le champ créatif, Alger a toujours eu comme amant préféré, la musique. Même si elle accomplit quelques infidélités littéraires, parfois cinématographiques, Alger reste musicale. Musicale et diablement collée à l'air du temps et des influences que transporte dans ses ballots le vent des sonorités modernes. Lors de cette deuxième guerre, que l'on n'arrive pas encore à nommer ni à qualifier dans une sémantique précise, on a réussi à interdire des journaux ; on est parfois arrivé à interdire aux gens la consommation de tabac ; on a même détruit des antennes paraboliques. C'était dans les débuts des années 1990. Les années folles. Mais personne n'a pu réduire la musique au silence.
Le rap algérois est né dans la guerre, dans des cages d'escaliers, entre un massacre collectif et un attentat ciblé. La musique d'aujourd'hui est plus violente. Elle est l'expression d'une époque cruelle. Mais elle est nourrie d'espoir. Rap, rock, reggae se croisent au détour d'une ruelle pour embarquer un vieil ami : le chaâbi. Ce soir et tous les autres soirs, ils finiront la nuit, loin de la pudibonderie de certains puristes, ensemble, comme de vieux frères, dans un bar, un zinc du littoral, pour vider un rouge ou dans un studio de la rue Didouche pour désaltérer un istikhbar. Et la porte reste ouverte, comme une partie de dominos sacrée que personne n'osera clore.

Les Harragas : littéralement ce sont ceux qui brûlent ; ils brûlent leurs papiers pour traverser la mer, sans identité, sans passé, sans histoires.
Qacidate : poésie chantée
Istikhbar : prélude qui ouvre tout morceau chaâbi.



01. Mohamed Khaznadji
Introduction instrumentale (extrait)


02. Mohamed Khaznadji
Insraf 4e mouvement. Zarni El Malih Wahdou (extrait)
(Traditionnel)
CD Algérie - Anthologie de la musique arabo-andalouse, vol.2, Çana'a d'Alger, Mohamed Khaznadji - Ocora Radio France C 560003 - Avec l’aimable autorisation de Ocora.
Né en 1929 à Alger, dans une famille de mélomanes, Mohamed Khaznadji manifesta très tôt un intérêt particulier pour la musique. Comme pour bon nombre de musiciens arabes, il fut d’abord hazzab dans les tolbas (groupe de lecteurs du Coran) où le seul instrument était alors la voix. La méthode rigoureuse de M. Lakhal, qui était moqadem (représentant mystique de confrérie), initia le jeune qassad (interprète de chants religieux) aux premiers secrets d’interprétation des tubù (modes) savants. Très rapidement, il se distingua par un phrasé, un style d’attaque et un sens du rythme très personnel qui suscita un vif intérêt chez les maîtres musiciens profanes. L’étendue de son répertoire et sa collaboration avec les plus importants musiciens classiques algérois lui permirent de devenir professeur au sein de l’association El Fen Oul Adeb. Il conserva cette fonction jusqu’en 1975, époque à laquelle il fut nommé professeur au Conservatoire de musique d’Alger. La carrière de ce maître a fini par franchir les frontières d’Algérie pour porter son authentique art arabo-andalou.


03. Beihdja Rahal
Derdj Ghrib (extrait)
(Traditionnel / Arrt. Beihdja Rahal)
CD Nouba Ghrib - Disques DOM CD DOM 1123. Avec l’aimable autorisation des Disques DOM
Beihdja Rahal est la diva de la musique andalouse. Elle tente de restituer à travers des enregistrements de grande qualité, les douze noubas (suites de pièces vocales et instrumentales qui se succèdent selon un ordre bien particulier) à propos desquelles elle dit dans un entretien : "Je vous fais rappeler que mon objectif n’est pas seulement de conserver, en les enregistrant, les douze noubas restantes du patrimoine de la musique classique algérienne. Mais surtout imposer la voix féminine dans le monde de l’andalou, réservé exclusivement à la gent masculine." Propos juste. Aucune femme ne s’est essayée à la très complexe gymnastique d’interpréter une nouba complète. Même pas Fadéla Dziria et Meriem Fekay, malgré les légendes qu’elles furent, le mythe qu’elles sont devenues.
www.multimania.com/beihdja


04. Ammar Ezzahi
Zenouba
(extrait)
(Traditionnel / D.R.)
CD Musique populaire algérienne - Le Chaâbi - Les Artistes Arabes Associés AAA 124. Avec l’aimable autorisation du Club du Disque Arabe
Depuis la disparition d’El Anka, Ammar Ezzahi est certainement le maître du chaâbi. Né en 1941, à Ain El Hammam, c’est en écoutant Boudjemâa El Ankis, dans les années 60, qu’il découvre sa passion pour cette musique. On raconte que ce sont Cheikh Lahlou et Cheikh Kebaïli qui, en 1963, l’encouragent, en lui remettant d’anciennes qacidates et des astuces pour améliorer son jeu. Ammar Ezzahi est le musicien le plus secret du chaâbi. Quasiment mystique, disent certains proches. Il n’accepte aucun journaliste, n’accordant aucun entretien, refusant toutes les sollicitations de la télévision et de la radio, refusant tous les spectacles que lui proposent des tourneurs. Invité à être la tête d’affiche du festival du chaâbi à Paris, en 2000, il déclina poliment l’offre. Son dernier concert, il le donne à la salle Ibn Khaldoun, à Alger, en 1987. Au moment de la grande confusion politique et des meurtres en série, Ammar Ezzahi se retire complètement, pendant plusieurs années, se consacrant à la lecture, raconte un de ses musiciens. Silencieux, il fréquentait, et fréquente toujours assidûment un café populaire, Le Marhaba.
A la fin des années 90, il reprend son mandole et revient à la musique, en se consacrant exclusivement aux fêtes familiales et privées. Ezzahi est sûrement le Cheikh le plus piraté de l’histoire de la musique chaâbi.


05. Guerouabi El Hachemi
Ana li lahoua daini
(extrait)
CD Le maître du chaâbi rend hommage au pays - Editions Guissous Madani - Buda Musique 82239 2. Avec l’aimable autorisation de Buda Musique
Fils d’Alger, Guerouabi El Hachemi est né dans le quartier de El Mouradia et à grandit à Belouizdad. De ses deux passions, le foot et la musique, la deuxième en fera une star dans son pays. Guerouabi taquine la mandole dès l’âge de neuf ans et écoute El Anka, M’rizek, Zerbout ou encore Lachab. Sa personnalité hors du commun mais surtout sa voix de ténor, chaude, généreuse est remarquée et il se trouve engagé à l’Opéra d’Alger pour un an en 1953 où il chanta Magrounet Lehwahjeb qui fut un succès. En 1962, face à la prédominance des chansons occidentales et égyptiennes appréciées des jeunes, Guerouabi introduit des changements sur le genre et s’associe avec le compositeur moderniste Mahboub Bati. Il apparaît vite comme un réformateur, avec son physique de jeune premier décontracté. Souvent comparé à Charles Aznavour ou encore John Lee Hooker, Guerouabi devient rapidement l’idole des adolescents en désarroi et des intellectuels déracinés. La popularité de Guerouabi El Hachemi dépasse aujourd’hui les frontières de l’Algérie et c’est ainsi qu’il s’est produit sur la scène du Théâtre de la Ville à Paris en décembre 2002 pour un magnifique concert durant lequel il distilla son chaâbi avec une diction et une puissance incroyable.


06 Réda Doumaz
Ô mes amis, ne me blâmez pas
(extrait)
(Traditionnel / Arrt. Farid Aouameur)
CD Yadra ? – Editions el-Ouns ELO 09984. Avec l’aimable autorisation des Editions el-Ouns
Réda Doumaz est certainement le plus créatif des musiciens chaâbi. Très atypique, ouvert, loin du "conservatisme" ambiant qui, souvent, caractérise tant ce milieu, parfois ésotérique. Doumaz est le "réformateur" de la musique chaâbi. Du moins, il tente de le devenir. Très curieux, il veut inscrire le chaâbi dans son époque. Il introduit de nouveaux sons, de nouveaux instruments. C’est le seul musicien qui tente de bousculer l’ancienne structure de cette musique, un peu comme le fit, à son époque, le maître El Anka.
Universitaire, cet Algérois, né à El Harrach en 1956, s’emporte quand on essaye de confiner la musique dans la capitale et sa périphérie : « Je trouve qu’il y a une grande confusion parce qu’on a tendance à le circonscrire à Alger, alors que le chaâbi est un terme localement universel… l’expression de base qui reste le verbe est algérienne et non algéroise. Pour preuve, El Anka, Guerrouabi, Fergani, Ghaffour, Hamada sont écoutés partout à travers le pays. Cependant, d’une région à une autre, la forme musicale change ».


07. Gnaoua d’Algérie Ouled Sidna Billal
Dawi
(extrait)
(Traditionnel)
D.R. Avec l’aimable autorisation de Karim Ziad
Benaissa, le leader du groupe, a baigné toute sa vie dans la culture gnawi (des descendants d’esclaves de l’ancien empire du Soudan). Son père, son oncle, son grand-père, tous sont des maâlam, des maîtres, que lui, très jeune déjà, accompagnait dans différents diwan (cérémonies durant lesquelles certaines personnes entre en transe) qu’ils organisaient dans la capitale.
T34, un des plus fameux groupe de rock algérien, dans les années 70 et 80, le sollicita pour une expérience musicale. Ce qu’il fit avec le plus grand talent, unissant ainsi le son ancestral du gumbri (luth-tambour à trois cordes) aux guitares saturées du rock.
Parfait technicien, maîtrisant son instrument, le gumbri, comme personne, Benaissa décide, après quelques années de villégiature professionnelle de monter son propre groupe. Très rapidement, il enchaîne les concerts en Algérie puis à l’étranger. Jamais sorti du territoire national, il ira d’abord à Cuba, dès sa première invitation. Depuis il enchaîne les tournées. En 2003, le groupe était l’invité de l’Orchestre Nationale de Barbès au Cabaret Sauvage à Paris. Bennaisa est accompagné de Abdallah, Allal, Mehdi et Malik au chant et qraqueb (crotales en fer) et Ibrahim au tbel (tambour).


08. Cheikh Sidi Bémol
El Bandi
(extrait)
(Hocine Boukella / Hocine Boukella)
CD El Bandi – Licence M10. Avec l’aimable autorisation de M10
Hocine Boukella, alias Cheikh Sidi Bémol, alias Elho, biologiste de formation est un musicien et dessinateur autodidacte. Dès les années 80, étudiant à l'université d'Alger, il croque avec un humour corrosif la société algérienne. Il réalise une BD intitulée "Le Crieur" sur l'univers des musiciens algérois. Cette BD sera interdite pour "obscénité" et les planches originales lui seront confisquées. En 1985, il vient à Paris pour suivre des études de génétique des populations. En 1988, il abandonne sa carrière de scientifique et se consacre entièrement à ses deux passions : le dessin et la musique. Il fonde le groupe Sidi Bémol qui tourne surtout en région parisienne, publie trois recueils de dessins, collabore aux revues "Salama" et "Pour!", expose dans plusieurs festivals (Angoulême, Saint-Just-Le Martel, …), et participe en tant que graphiste, parolier ou musicien à divers albums (Youcef, Gnawa Diffusion, ONB , Djamel Laroussi, Takfarinas, ...).
Misogyne amoureux, Algérien apatride, musulman athée, optimiste suicidaire, extraterrestre kabyle, galérien du désert, militant sexuel, voleur honnête, frénétique paresseux, tel est Cheikh Sidi Bémol.


09. MBS
Houmti l’Hussein Dey
(extrait)
(Rabah Ourad)
CD MBS - Edition Dounia, Algérie. Avec l’aimable autorisation de Edition Dounia
MBS pour Micro Brise le Silence. Ce groupe de copains de quartier, en l’occurrence Hussein Dey, est né dans la tourmente d’une Algérie qui basculait dans l’horreur absolue. Il est né sous les bombes et les rafales de la kalachnikovs. En 1994/95, quand ce pays était au bord de l’abîme, donné pour définitivement détruit, Rabah, Mohand, Redouane et Yacine se sont rencontrés dans une buanderie d’immeuble pour faire du rap, rimer des mots, fabriquer une émotion, faire comme leurs idoles NTM, Snoopy et les autres. Pari réussi. Avec des textes qu’ils écrivaient au jour le jour, ils tentaient d’adapter cette musique, à l’origine issue des taudis américain, à la réalité des taudis algérien. Le public a vite accroché. Tout Alger fredonnait leur premier tube : Oueled El Bahdja (les enfants d’El Bahdja). Un hommage à leur ville (les Algérois désignent la capitale par El Bahdja). Depuis, Le Micro Brise le Silence pour dire non à la guerre.


10. Index
Boussekine
(extrait)
(Index El Basma)
CD El Basma / L’Empreinte – Production, 33 tours in tedj CD007 - Diffusion Algérie, Belda Diffusion. Avec l’aimable autorisation de 33 tours in tedj
Le groupe Index est sûrement la révélation rock de ces dix dernières années. Faiz, Salim, Fayçal, Fares et Azzedine sont un groupe d’étudiants qui a très rapidement gagné en maturité pour se vouer sérieusement à la musique. Index était connu dans les clubs et quelques cafés où l’on organisait des concerts underground à Alger. Le groupe se consacrait aux reprises des standards des années 70 et 80 : Doobie Brothers, Bob Marley, Bee Gees, Carlos Santana…
En parallèle à leur quotidien musical classique, fait exclusivement de reprises, Index préparait son propre répertoire, sous l’influence et les applaudissements de ses "aînés" auxquels il ne manque jamais de rendre hommage : Cheikh Sidi Bémol, l’ONB, Youcef, Raina Rai.
A Alger, Index avait déjà une certaine notoriété quand il assura la première partie des Gnawa Diffusion lors de leur passage dans la capitale. Très ancré dans la réalité de la vie algéroise - et par extension algérienne - Index passe au scanner (mais avec beaucoup d’humour), la société. Avec un premier CD sorti en 2002, Index est en train d’entamer une grande carrière de groupe de rock.



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